Le soir venu, Espagnols, Anglais et Français vont sur les promenades jouer de la prunelle avec les belles et faciles métis, dont les vêtements diaphanes révèlent des formes splendides.

Métis espagnoles tagales.

Ce qui distingue la métis chinoise tagale, ou espagnole tagale, c’est une physionomie piquante et singulièrement expressive. Sa chevelure, relevée à la chinoise, est soutenue par de longues broches en or, et surtout d’une richesse merveilleuse. Elle porte sur la tête, tout ouvert comme un voile, un mouchoir en fil d’ananas, plus fin que notre plus belle batiste; son col est orné d’un rosaire en corail, à gros grains, terminé par une large médaille en or. Une petite chemisette, transparente, de la même étoffe que le mouchoir, et qui ne descend que jusqu’à la ceinture, recouvre, sans la cacher, sa poitrine, que n’a jamais emprisonnée le corset. Au-dessous, et à deux ou trois doigts du bord de la chemisette, est attaché un jupon bariolé de couleurs éclatantes imitant le madras; par-dessus ce jupon, une large ceinture en soie brillante enveloppe et serre le corps de manière à en laisser voir les formes, depuis la ceinture jusqu’au genou. Son pied blanc et délicat, toujours nu, est chaussé d’une petite pantoufle brodée, qui ne recouvre absolument que l’extrémité des doigts.

Rien de charmant, de coquet et de provocateur comme ce costume, qui excite, au plus haut point, l’admiration des étrangers.

Aussi les métis tagales et chinoises savent si bien l’effet que produit sur les Européens cette toilette déshabillée, que pour rien au monde elles ne consentiraient à la modifier.

Deux mots en passant sur le costume des hommes. L’Indien et le métis portent pour coiffure un vaste chapeau de paille noir ou blanc, ou une espèce de chapeau chinois, nommé salacote; sur l’épaule, le mouchoir d’ananas brodé; au col, un rosaire en corail. Leur chemise est en fil d’ananas, ou en soie végétale; un pantalon de couleur en soie, brodé au bas, et une ceinture rouge en crêpe de chine, complètent cet habillement. Leurs pieds, sans bas, sont chaussés de souliers à l’européenne.

La ville de guerre, si triste pendant le jour, prend vers le soir un aspect plus animé: c’est l’heure où, de toutes les maisons, sortent les magnifiques équipages, invariablement conduits à la d’Aumont.

Les habitants, proprement dits, vont se mêler aux promeneurs de Binondoc.