Maison de la Planche.
Mon père, né à Nantes d’une maison noble, était capitaine dans le régiment d’Auvergne. La révolution lui fit perdre son grade et sa fortune; il ne lui resta pour toute ressource que la Planche, petite propriété appartenant à ma mère, et située à deux lieues de Nantes, dans la commune de Vertoux.
Au commencement de l’empire il voulut reprendre du service; mais, à cette époque, son nom et ses sentiments étaient un obstacle, et il échoua dans toutes les tentatives qu’il fit pour obtenir le simple grade de lieutenant.
Sans ressources et presque sans moyens d’existence, il se retira à la Planche avec toute sa famille.
Il y vécut quelques années, dans les ennuis et les chagrins que lui causaient le passage subit de l’opulence à la gêne et l’impossibilité de pourvoir à tous les besoins de sa nombreuse famille. Une maladie de courte durée termina sa triste existence, et ses restes mortels furent déposés dans le cimetière de Vertoux.
Ma mère, modèle de courage et de dévouement, resta veuve avec six enfants, deux filles et quatre garçons; elle continua à habiter la campagne, et nous donna elle-même les premiers éléments d’instruction.
La vie libre des champs, les exercices violents auxquels nous nous livrions, mes frères aînés et moi, contribuèrent à m’endurcir le corps, et à me rendre capable de résister à toute espèce de fatigues et de privations.
Cette vie de campagne, de liberté, et je puis dire de bonheur, pendant mes jeunes années, passa bien vite; et bientôt arriva l’époque où les besoins de mon éducation m’obligèrent à aller tous les jours étudier dans un collége de Nantes: c’étaient quatre lieues que j’avais à faire journellement.
Mais ces quatre lieues je les faisais gaiement, et le soir, quand je rentrais à la maison, j’y retrouvais les caresses de notre bonne mère et les petits soins de deux sœurs, que j’aimais tendrement.
On me destina à la médecine.