Il est impossible de voir une nature plus belle; des sources limpides et pures surgissent du haut des montagnes et arrosent une riche végétation, puis vont se jeter dans le lac.
Ces pâturages font de Jala-Jala le lieu le plus giboyeux de l’île. Les cerfs, les sangliers, les buffles sauvages, les poules, les cailles, les bécassines, les colombes de quinze à vingt sortes, les perroquets, enfin toutes les espèces d’oiseaux, y abondent.
Le lac est également peuplé d’oiseaux aquatiques, et particulièrement de canards.
Malgré son étendue, l’île ne produit pas d’animaux nuisibles et carnivores; on a seulement à craindre la civette, petit animal de la grosseur d’un chat, qui ne fait la chasse qu’aux oiseaux; et les singes, qui sortent par bandes des forêts et vont ravager les champs de cannes à sucre et de maïs.
Le lac, qui renferme d’excellents poissons, est moins favorisé que la terre; on y trouve beaucoup de caïmans, alligators d’une si grande dimension, qu’un seul de ces animaux divise, en peu d’instants, un cheval par morceaux et l’engloutit dans son vaste estomac. Les accidents qu’ils occasionnent sont fréquents et terribles, et j’ai vu plus d’un Indien devenir leur victime, ainsi que je le raconterai plus tard.
J’aurais sans doute dû commencer par parler ici des hommes qui peuplent les forêts de Jala-Jala; mais je suis chasseur et l’on m’excusera d’avoir commencé par le gibier.
A l’époque où je l’achetai, Jala-Jala était habité par quelques Indiens de race malaise qui vivaient dans les bois et cultivaient quelques coins de terre.
La nuit, ils faisaient sur le lac le métier de pirates et donnaient asile à tous les bandits des provinces environnantes.
A Manille, on m’avait peint cette contrée sous les couleurs les plus sombres; au dire des habitants de la ville, je ne devais pas y séjourner longtemps sans devenir la victime des bandits.
Mon caractère aventureux faisait que tous ces récits, loin de m’éloigner de mon projet, augmentaient mon désir de visiter ces hommes, qui vivaient presque à l’état sauvage.