«Maître, me dit-il avec élan, en me présentant la main et mettant un genou à terre,

«Je vous serai fidèle jusqu’à la mort!»

J’étais heureux de sa réponse, mais je ne lui laissai pas voir mon contentement.

«Très-bien, lui dis-je. Pour te prouver que j’ai confiance en toi, prends cette arme, et ne t’en sers que contre des ennemis.»

Je lui présentai un sabre tagal sur lequel était écrit en gros caractères espagnols: No me sacas sin rason ni me envainas sin honor, Ne me tire pas sans raison, et ne me remets pas dans le fourreau sans honneur.»

Je traduisis cette légende en langage tagaloc; Alila la trouva sublime, et jura de ne pas s’en écarter.

«Quand j’irai à Manille, ajoutai-je, je te rapporterai des épaulettes et un bel uniforme; mais il ne faut pas perdre de temps pour réunir les soldats que tu vas commander, et qui formeront ma garde.

«Conduis-moi chez celui de tes camarades que tu crois le plus capable de t’obéir comme sergent.»

Nous allâmes à quelques kilomètres de sa cabane, chez un de ses amis qui l’accompagnait presque toujours dans ses tentatives de piraterie.

Quelques mots semblables à ceux que j’avais dit à mon futur lieutenant exercèrent sur son camarade la même influence, et le déterminèrent à accepter le grade que je lui offrais.