Le plus grand, sans contredit, c’était de me mettre presque sous la dépendance du gobernadorcillo, auquel ses fonctions donnaient un certain droit; car j’étais son administré.

Il est vrai de dire que mon grade de commandant de toute la gendarmerie de la province me mettait à l’abri des injustices que l’on eût pu commettre à mon égard.

Je savais fort bien qu’en dehors du service militaire, je ne pouvais infliger à mes hommes aucune punition sans l’intervention du gobernadorcillo; mais j’avais assez étudié le caractère indien pour comprendre que je ne pouvais le dominer que par une parfaite justice et une sévérité bien entendue.

Quelles que fussent les difficultés que je prévoyais, sans redouter les peines et les dangers de toute espèce qu’il faudrait surmonter, je marchai droit vers le but que je m’étais tracé: le chemin était aride, hérissé d’écueils; j’y entrai avec courage, et j’arrivai à prendre sur les Indiens une telle influence, que, par la suite, ils obéissaient à ma voix comme à celle d’un père.

Le Tagaloc a un caractère extrêmement difficile à définir. Lavater et Gall auraient été fort embarrassés, car la physionomie et la crânologie se trouveraient peut-être bien en défaut aux Philippines.

La nature indienne est un mélange de vices et de vertus, de bonnes et de mauvaises qualités. Un bon moine disait, en parlant des Tagalocs: «Ce sont de grands enfants qu’il faut traiter comme s’ils étaient petits.»

Le portrait moral d’un naturel des Philippines est vraiment curieux à tracer, et plus curieux à lire.

L’Indien tient à sa parole, et, le croirait-on? il est menteur; il a en horreur la colère, qu’il compare à la démence, et il préfère l’ivresse, qu’il méprise cependant.

Pour se venger d’une injustice, il ne craint pas de se servir du poignard.