Amintas.
Elize est offencée, & je la veux venger,
Qui n'en est pas aymé, n'est pas digne de vivre,
Il faut qu'un prompt trépas de mes soins la delivre,
Ou qu'un combat heureux change son coeur ingrat,
Et ce bon-heur vaut bien qu'on hazarde un combat.
Il sort.
SCENE III.
ALCIONNE, CLARICE.
Alcionne.
Helas! ce n'est pas là ce que je voulois dire,
A l'innocent autheur de mon cruel martire,
Je luy voulois ouvrir les secrets de mon coeur,
Luy dire qu'il y regne en aimable vainqueur;
Luy reveler les maux qu'il ignore, & qu'il cause,
Clarice l'as-tu veu! j'ay fait tout autre chose,
Ainsi le criminel de son remors pressé,
Se coupe, & ne dit rien de ce qu'il a pensé
Ainsi ce cher vainqueur de mon ame soûmise,
Dont ma foible raison les armes favorise,
Ne sçait point sa conqueste, & ne la sçaura point,
Tant un destin cruel à mon amour est joint:
Et quand bien il sçauroit qu'il cause ma souffrance
M'en devrois-je flatter de la moindre esperance?
Ce Prince ayme ma soeur, il ne peut donc m'aymer
Et quand il changeroit, le pourrois-je estimer?
Pensant gagner mon coeur, il perdroit mon estime,
Et son amour pour moy me paroistroit un crime,
Cependant il se jette en un mortel danger;
Ai-je à m'en réjouïr? ai-je à m'en affliger?
Si ce Prince est vaincu, ce Prince perd sa gloire,
Et je doi faire ainsi des voeux pour sa victoire;
Mais sa victoire aussi luy donnera ma soeur,
Et je doi craindre ainsi de le revoir vainqueur,
L'un & l'autre succez favorable ou contraire,
S'oppose égallement à tout ce que j'espere;
Ou plustost je crains tout, & je n'espere rien,
Est-il un desespoir plus juste que le mien?
Clarice.
Mais Amintas lassé d'aimer qui le méprise,
Peut un jour vous offrir ce que refuse Elize.