Apres les sentimens d'une noble fierté,
Où mon coeur contre luy s'est tantost emporté,
Apres avoir promis à ma soeur qui m'est chere,
De resister comme elle aux volontez d'un Pere,
Lasche puis-je trahir la fierté de mon coeur,
Et plus lasche manquer de parolle à ma soeur?

Clarice.

Il sçauroit mon amour si j'estois Alcionne.

Alcionne.

Que pourroit-il penser d'une ame qui se donne?
Ha! si de là dépend tout l'heur de mon Destin,
Resoluons nous plustost d'en avancer la fin,
Craignons l'état honteux d'une amante qui prie,
Mais à quoy songe-tu, mon aveugle furie?
He n'ayje pas voulu dans ce mesme moment,
Luy découvrir ma flâme, & mon cruel tourment,
Et découvrir sa flâme à celuy qui la cause?
Si ce n'est le prier, il s'en faut peu de chose.
O Dieux! quand je reproche à mon esprit confus,
Que je vien de courir le danger d'un refus;
Qu'il n'est rien de plus bas qu'une inutile plainte,
Qu'aysement je m'engage aux loix de la contrainte,
A ne croire jamais mes desirs trop ardens;
A deffendre à mon coeur ses soûpirs imprudens.
Mais en vain on le cache; un air triste au visage,
Une langueur aux yeux, sont un muet langage,
Qui trahit le secret d'un soûpir retenu,
Et le feu de l'amour tost ou tard est connu.
Non non, triste Princesse, il faut cesser de vivre,
C'est le meilleur conseil que tu peux jamais suivre.
Choisis, choisis la mort plustost que de rougir;
Laisse à ton desespoir la liberté d'agir,
Et soit que ton Amant vainque, ou perde la vie,
Meurs de ton déplaisir, ou de ta jalousie.

Fin du second Acte.

ACTE III.

SCENE PREMIERE.

NICANOR, CRITON.

Nicanor.