Que pensez-vous de moy, Madame? ah! jugez mieux
D'un Prince décendu de vos nobles Ayeux.
Un coeur que la beauté de vostre soeur inspire,
Fait aller ses desirs plus loin que son Empire,
Et ne fait point servir sa noble ambition,
A l'avare interest d'une autre passion.
Quand je devins d'Elise esclave volontaire,
Son Trône à m'asservir luy fut peu necessaire,
Il prit dans ses beaux yeux l'éclat qu'il eut pour moy,
Et son merite seul me rangea sous sa loy.

Alcionne.

Devez-vous hazarder des jours comme les vostres,
Quand de vostre salut depend celuy des autres,
Et quand par vostre mort l'Estat aura perdu,
L'unique Protecteur qui l'auroit deffendu;

Amintas.

Je me connois, Madame, & lors que je m'expose,
Je croy n'exposer rien, ou du moins peu de chose.
Elise m'apprend trop par d'éternels mépris,
Que mes jours malheureux ne sont pas de grand prix.

Alcionne.

Un injuste mépris n'oste rien du merite,
Or la fiere beauté que vostre amour irrite,
Peut avoir eu pour vous d'injustes cruautez,
Sans avoir ignoré ce que vous meritez.
Mais Amant malheureux, vous sçavez d'elle-mesme,
D'où son coeur a pour vous cette froideur extrême,
Et que ce coeur fidelle aux cendres d'un Amant,
Vous suscite un Rival au fond d'un monument,
Tel que Cypre aujourd'huy vous admire, & vous prise;
Car tout n'est pas dans Cypre injuste autant qu'Elise,
Vous meritez un coeur qui vous sceût estimer,
Un coeur qui pour vous seul eust commencé d'aimer.

Amintas.

Elise rigoureuse, Elise pitoyable,
Elle est toujours Elise, elle est tousiours aimable,
Et tousiours Amintas méprisé, malheureux,
Sera tousiours fidelle & toujours amoureux.

Alcionne.