Un plus sage que vous en aimeroit une autre,
Qui feroit son bonheur d'un coeur du prix du votre,
Un autre aussi bien qu'elle a droit de vous donner;
Le titre qui vous manque à vous voir couronner.
Car enfin vous seriez. O Dieux! que vay-je dire?
Vous seriez plus heureux, si vous sçaviez dire.
Adieu Prince.

Elle sort.

Amintas.

Ha! j'entends, je serois plus heureux,
Se je pouvois forcer un destin malheureux,
Qui me force d'aimer celle qui me méprise,
Et me fait mépriser celle qui m'est acquise.
Mais, ô vous! qui m'offrez un Sceptre, & vostre Foy,
Pourriez-vous bien changer, si vous n'aymiez que moy?
Jugez, jugez, ô vous! dont je crains la cholere,
Par ce que vous feriez, de ce que je puis faire.
Je voudrois vous aymer, & ne le devant pas,
J'en souffre des tourmens pires que le trépas.
Pouvoir tant pour un autre, & si peu pour moy-mesme,
C'est bien encore un coup de mon malheur extrême,
Et c'est bien sans raison que j'ose demander,
Ce que je ne veux pas ny ne dois accorder.

SCENE VIII.

NICANOR, AMINTAS.

Nicanor.

La fortune est pour nous, cessons de nous en plaindre,
Ce fier Corsaire est pris; nous n'avons plus à craindre;
La tempeste a brisé son vaisseau contre un banc;
Tu te voy son vainqueur, sans répandre de sang;
La Princesse est à toy; la Cypre est secouruë,
Réjoüy-toy, mon fils.

Amintas.

O disgrace impreveuë!