mais qu'ayant eté frappé de lui et injurié, il l'avoit poussé, et qu'ayant rencontré le haut de l'escalier, il en etoit tombé. Le lieutenant criminel lui dit: «Une autre fois soyez plus avisé», et à Ragotin: «Soyez plus sage et ne croyez pas votre imagination touchant le son des cloches.» Ragotin s'en retourna à la maison, où il ne se vanta pas de son accident. Mais les comediens, voyant son visage ecorché en trois ou quatre endroits, lui en demandèrent la raison, ce qu'il ne voulut pas dire; mais ils l'apprirent par la voix commune, car cette disgrâce avoit eclaté, et dont ils rirent bien fort, aussi bien que MM. de Verville et de La Garouffière.

[Note 428: ][ (retour) ] Ce passage semble un ressouvenir de Rabelais et des paroles que les cloches de Varennes prononcent aux oreilles de Panurge: «Marie-toy, marie-toy; marie, marie; si tu te maries, maries, maries, très bien t'en trouveras, veras, veras.» (Pantag., III, 26.) On raconte semblable chose de Withington, qui entendit les cloches lui prédire qu'il seroit maire de Londres.

A propos de la chanson des cloches, M. Ed. Fournier veut bien nous communiquer la note suivante, extraite d'un grand travail qu'il prépare sur nos airs et chansons populaires:

«Cette chanson, que les cloches chantent seules aujourd'hui, est une chanson historique. Elle date du temps où Charles VII n'avoit pour tout royaume qu'un petit coin de la France. On n'en connoît qu'un seul couplet, encore fut-on longtemps à n'en savoir que les derniers mots. C'est Brazier qui le retrouva. Le voici, tel qu'il le donne dans sa notice sur les sociétés chantantes, qui se trouve à la fin de son Histoire des petits théâtres de Paris, 1838, in-12, t. 2, p. 192:

Mes amis, que reste-t-il

A ce dauphin si gentil?

Orléans, Beaugency,

Notre-Dame de Cléry,

Vendôme, Vendôme.

«Mon ami Adolphe Duchalais, qui s'occupoit d'une histoire de Beaugency, sa ville natale, ayant eu connoissance de ce couplet, alla voir Brazier pour savoir où il l'avoit trouvé. «Je le tiens de ma nourrice, qui étoit de votre pays, lui répondit le chansonnier; elle me l'a tant chanté, en me berçant, que je ne l'ai jamais oublié.» Duchalais n'eut plus de cesse qu'il n'eût consulté toutes les paysannes des environs de Beaugency, et il en découvrit enfin qui savoient le fameux couplet. M. Philipon de la Madeleine avoit fait la même trouvaille; aussi, parlant de la détresse de Charles VII dans son livre de l'Orléanois, p. 213, il cite la chanson en note, en l'accompagnant de ces lignes: «Le souvenir de ses malheurs et de l'affection du peuple se retrouve dans ce couplet, avec lequel nos paysannes des hameaux de Villemarceaux et de Cravant bercent et endorment leurs enfants.» L'air est resté; c'est, comme vous savez, celui du Carillon de Vendôme