AU LECTEUR SCANDALISÉ

Des fautes d'impression qui sont dans mon livre.

e ne te donne point d'autre errata de mon livre que mon livre lui-même, qui est tout plein de fautes [43]. L'imprimeur y a moins failli que moi, qui ai la mauvaise coûtume de ne faire bien souvent ce que je donne à imprimer que la veille du jour que l'on l'imprime [44]; tellement, qu'ayant encore dans la tête ce qu'il y a peu de temps que j'ai composé, je relis les feuilles que l'on m'apporte à corriger à peu près de la même façon que je recitois, au collége, la leçon que je n'avois pas eu le temps d'apprendre: je veux dire, parcourant des yeux quelques lignes et passant par dessus ce que je n'avois pas encore oublié. Si tu es en peine de sçavoir pourquoi je me presse tant, c'est ce que je ne te veux pas dire; et si tu ne te soucies pas de le sçavoir, je me soucie encore moins de te l'apprendre. Ceux qui sçavent discerner le bon et le mauvais de ce qu'ils lisent reconnoîtront bientôt les fautes que je n'aurai pas eté capable de faire, et ceux qui n'entendent pas ce qu'ils lisent ne remarqueront pas que j'aurai failli. Voilà, Lecteur benevole ou malevole, tout ce que j'ai à te dire. Si mon livre te plaît assez pour te faire souhaiter de le voir plus correct, achètes-en assez pour le faire imprimer une seconde fois, et je te promets que tu le verras revu, augmenté et corrigé [45].

[Note 43: ][ (retour) ] Le règlement donné aux libraires en 1649 se plaint fort vivement de l'incorrection habituelle des livres publiés à Paris. Tous ceux qui ont eu occasion de parcourir des éditions de cette époque reconnoîtront que la plainte est fondée.

[Note 44: ][ (retour) ] C'est le mot de Trissotin:

........................Vous saurez

Que je n'ai demeuré qu'un quart d'heure à le faire.

Au reste, les mots de ce genre sont communs parmi les auteurs d'alors. Voiture disoit d'une de ses pièces dont on lui avoit demandé copie que c'étoient les seuls vers qu'il eût écrits deux fois.

[Note 45: ][ (retour) ] Scarron n'a pas tenu sa promesse. Quoique cette première partie ait été réimprimée avant sa mort, elle n'a été, non plus que la seconde, ni corrigée ni augmentée par l'auteur.