[Note 104: ][ (retour) ] Allusion probable à l'Omnis homo mendax de l'Écriture.

[Note 105: ][ (retour) ] C'est-à-dire ceux qui ont lieu dans une enceinte fermée de barrières, comme pour les combats de taureaux, les tournois, les courses de bague, etc.

[Note 106: ][ (retour) ] Dans les tournois et les carrousels, les chevaliers exprimoient leurs pensées et leurs sentiments par le moyen de livrées, de chiffres, d'armoiries ou de devises. On lit dans le père Ménestrier, qui a donné la signification des diverses couleurs en usage: «Le noir signifioit la douleur, le désespoir, etc.; le blanc signifioit la pureté, la sincérité, l'innocence et l'indifférence, la simplicité, la candeur, etc.» (Traité des carrousels et tournois.)

[Note 107: ][ (retour) ] Épigramme indirecte contre l'invraisemblance des romans, dont les auteurs semblent toujours connoître, on ne sait comment, les particularités les plus intimes de la vie de leurs héros. Déjà à la fin du ch. 8, Scarron avoit dit quelque chose d'approchant par l'intention: «Vous allez voir cette histoire, non telle que la conta Ragotin, mais comme je la pourrai conter d'après un des auditeurs, qui me l'a apprise, etc.» V. encore, un peu plus loin, même chap., et beaucoup d'autres endroits. On retrouve quelques traits de satire analogues dans le Roman bourgeois de Furetière, celui-ci, par exemple: «Par malheur pour cette histoire, Lucrèce n'avoit point de confidente, ni le marquis d'escuyer, à qui ils répétassent en propres termes leurs plus secrettes conversations. C'est une chose qui n'a jamais manqué aux heros et aux heroïnes. Le moyen, sans cela, d'ecrire leurs aventures et d'en faire de gros volumes! Le moyen qu'on pust sçavoir tous leurs entretiens, leurs plus secrettes pensées! qu'on pust avoir coppie de tous leurs vers et des billets doux qui se sont envoyez, et toutes les autres choses necessaires pour bastir une intrigue!» Et plus loin: «Par malheur, on ne sçait rien de tout cela, parceque la chose se passa en secret.» (Édit. elzevir., p. 80 et 85.) Subligny s'exprime à peu près de même, dans la Fausse Clélie (édit. 1679, in-12, p. 222), à propos des lettres écrites par les héros des romans, et le Père Bougeant, dans son Voyage du prince Fan-Férédin au pays de Romancie, raille également les romanciers qui rapportent d'un bout à l'autre les entretiens de leurs personnages, comme s'ils en avoient pris copie à la façon des greffiers.

On lit aussi dans les Mémoires de Grammont, par Hamilton, ch. 13: «A Dieu ne plaise que cela nous regarde, nous qui faisons profession de ne coucher dans ces mémoires que ce que nous tenons de celui même dont nous écrivons les faits et les dits! Qui jamais, excepté l'écuyer Féraulas, a pu tenir compte des pensées, des soupirs et du nombre d'exclama

Il fut bien huit jours sans avoir des nouvelles de la dame, et je n'ai jamais su s'il s'en inquieta bien fort. Cependant il alloit tous les jours se divertir chez un capitaine d'infanterie, où plusieurs hommes de condition s'assembloient souvent pour jouer. Un soir qu'il n'avoit point joué et qu'il se retiroit de meilleure heure qu'il n'avoit accoutumé, il fut appelé par son nom d'une chambre basse d'une grande maison. Il s'approcha de la fenêtre, qui etoit grillée, et reconnut à la voix que c'etoit son amante invisible, qui lui dit d'abord: «Approchez-vous, dom Carlos; je vous attends ici pour vider le differend que nous avons ensemble.--Vous n'êtes qu'une fanfaronne, lui dit dom Carlos; vous defiez avec insolence et vous vous cachez huit jours pour ne paroître qu'à une fenêtre grillée.--Nous nous verrons de plus près quand il en sera temps, lui dit-elle. Ce n'est point faute de coeur que j'ai différé de me trouver avec vous; j'ai voulu vous connoître devant que de me laisser voir. Vous sçavez que dans les combats assignés il se faut battre avec armes pareilles: si votre coeur n'etoit pas aussi libre que le mien, vous vous battriez avec avantage; et c'est pour cela que j'ai voulu m'informer de vous.--Et qu'avez-vous appris de moi? lui dit dom Carlos.--Que nous sommes assez l'un pour l'autre», repondit la dame invisible. Dom Carlos lui dit que la chose n'etoit pas egale: «Car, ajouta-t-il, vous me voyez et sçavez qui je suis; et moi, je ne vous vois point et ne sçais qui vous êtes. Quel jugement pensez-vous que je puisse faire du soin que vous apportez à vous cacher? On ne se cache guère quand on n'a que de bons desseins, et on peut aisement tromper une personne qui ne se tient pas sur ses gardes; mais on ne la trompe pas deux fois. Si vous vous servez de moi pour donner de la jalousie à un autre, je vous avertis que je n'y suis pas propre, et que vous ne devez pas vous servir de moi à autre chose qu'à vous aimer.--Avez-vous assez fait de jugemens temeraires? lui dit l'invisible.--Ils ne sont pas sans apparence, repondit dom Carlos.--Sçachez, lui dit-elle, que je suis très véritable, que vous me reconnoîtrez telle dans tous les procedés que nous aurons ensemble, et que je veux que vous le soyez aussi.--Cela est juste, lui dit dom Carlos; mais il est juste aussi que je vous voie et que je sçache qui vous êtes.--Vous le sçaurez bientôt, lui dit l'invisible; et cependant esperez sans impatience: c'est par là que vous pouvez meriter ce que vous pretendez de moi, qui vous assure (afin que votre galanterie ne soit pas sans fondement et sans espoir de recompense) que je vous egale en condition; que j'ai assez de bien pour vous faire vivre avec autant d'eclat que le plus grand prince du royaume; que je suis jeune, que je suis plus belle que laide; et, pour de l'esprit, vous en avez trop pour n'avoir pas decouvert si j'en ai ou non.» Elle se retira en achevant ces paroles, laissant dom Carlos la bouche ouverte et prêt à repondre, si surpris de la brusque declaration, si amoureux d'une personne qu'il ne voyoit point, et si embarrassé de ce procedé etrange et qui pouvoit aller à quelque tromperie, que, sans sortir d'une place, il fut un grand quart d'heure à faire divers jugemens sur une aventure si extraordinaire. Il sçavoit bien qu'il y avoit plusieurs princesses et dames de condition dans Naples; mais il sçavoit bien aussi qu'il y avoit force courtisanes affamées, fort âpres après les etrangers, grandes friponnes, et d'autant plus dangereuses qu'elles etoient belles [108]. Je ne vous dirai point exactement s'il avoit soupé et s'il se coucha sans manger, comme font quelques faiseurs de romans, qui règlent toutes les heures du jour de leurs heros, les font lever de bon matin, conter leur histoire jusqu'à l'heure du dîner, dîner fort legerement, et après dîner reprendre leur histoire ou s'enfoncer dans un bois pour y parler tout seuls, si ce n'est quand ils ont quelque chose à dire aux arbres et aux rochers; à l'heure du souper, se trouver à point nommé dans le lieu où l'on mange, où ils soupirent et rêvent au lieu de manger [109], et puis s'en vont faire des châteaux en Espagne sur quelque terrasse qui regarde la mer, tandis qu'un ecuyer revèle [110] que son maître est un tel, fils d'un roi tel, et qu'il n'y a pas un meilleur prince au monde, et qu'encore qu'il soit pour lors le plus beau des mortels, qu'il etoit encore toute autre chose devant que l'amour l'eût defiguré [111].

[Note 108: ][ (retour) ] Cette ville, qui, depuis les expéditions d'Italie, avoit donné son nom au mal de Naples, passoit en effet pour un réceptacle de courtisanes. Beaucoup des écrits du temps en portent témoignage.

[Note 109: ][ (retour) ] Sorel raille de même ce dédain des choses positives et cet oubli des réalités vulgaires de la vie dans les romans héroïques (Berg. extrav., liv. 10). Il parle aussi, un peu plus loin, de la facilité avec laquelle les romanciers font vivre leurs héros, sans un sou, en terre étrangère (liv. 11); et Cervantes avoit déjà fait le même reproche aux romans de chevalerie dans Don Quichotte (t. I, l. 3). On lit dans la première lettre de mademoiselle de Montpensier à madame de Motteville, où elle lui explique le plan d'une colonie qu'elle voudroit fonder pour vivre suivant le code de l'Astrée: «Je ne désapprouverois pas qu'on tirât les vaches, ni que l'on fît des fromages et des gâteaux, puisqu'il faut manger, et que je ne prétends pas que le plan de notre vie soit fabuleux, comme il est en ces romans où l'on observe un jeûne perpétuel et une si sévère abstinence.»

[Note 110: ][ (retour) ] Cf. dans Boileau (Héros de rom.). «Cyrus: Eh! de grâce, généreux Pluton, souffrez que j'aille entendre l'histoire d'Aglatidas et d'Amestris, qu'on me va conter... Cependant, voici le fidèle Féraulas (son écuyer), que je vous laisse, qui vous instruira positivement de l'histoire de ma vie et de l'impossibilité de mon bonheur.»

Hamilton se moqua aussi, à plusieurs reprises, de cet usage, dans les Mém. de Grammont (ch. 3, p. 15, et ch. 13, p. 320, édit. Paulin.)

[Note 111: ][ (retour) ] «Tous les hommes y sont faits à peindre, dit Sénecé en parlant des romans; on ne peut rien concevoir d'égal à leur bon air ni à leur mine relevée.» (Lett. de Clém. Marot.) Cette même raillerie revient souvent dans Don Quichotte.

Pour revenir à mon histoire, dom Carlos se trouva le lendemain à son poste. L'invisible etoit dejà au sien. Elle lui demanda s'il n'avoit pas eté bien embarrassé de la conversation passée, et s'il n'etoit pas vrai qu'il avoit douté de tout ce qu'elle avoit dit. Dom Carlos, sans repondre à sa demande, la pria de lui dire quel danger il y avoit pour elle à ne se montrer point, puisque les choses etoient egales de part et d'autre, et que leur galanterie ne se proposoit qu'une fin qui seroit approuvée de tout le monde. «Le danger y est tout entier, comme vous sçaurez avec le temps, lui dit l'invisible. Contentez-vous, encore un coup, que je suis veritable, et que, dans la relation que je vous ai faite de moi-même, j'ai eté très modeste.» Dom Carlos ne la pressa pas davantage.