[Note 319: ][ (retour) ] Ce nom de comédie s'appliquoit, même encore long-temps après Corneille, comme un terme générique, aux pièces de théâtre, sans en excepter les tragédies proprement dites. On le trouve en ce sens dans Mme de Sévigné: «Les comédies de Corneille, dit le P. Bouhours, ont un caractère romain et je ne sais quoi d'héroïque; les comédies de Racine ont quelque chose de fort touchant, etc.» Du reste, quoique Nicomède ait porté dès son origine le titre de tragédie, le ton général et le caractère de cette pièce, qui ne renferme pas de catastrophe tragique, sont plutôt d'une comédie héroïque que d'une tragédie: on sait, sans parler du rôle de Prusias, que celui du héros principal n'est autre chose que le caractère du railleur mis en scène. Aussi, quand on reprit Nicomède pour la première fois, après plus de quatre-vingts ans d'interruption, en 1756, les acteurs ne lui donnèrent d'abord que le titre de tragi-comédie. Du reste, Scarron se trouve ici d'accord, probablement sans s'en douter, pour le nom qu'il donne à cette pièce, avec les principes exposés par Corneille lui-même dans son Epître dédicatoire de don Sanche d'Aragon, où, expliquant pourquoi il a intitulé cet ouvrage comédie héroïque, il en prend occasion de développer ce qui fait, suivant lui, la base essentielle et la différence constitutive de la tragédie et de la comédie.

[Note 320: ][ (retour) ] Epithète savante et prétentieuse, tirée de deux mots grecs ([Greek: span ageirein]), dont s'affubloient les médecins chimiques qui n'étoient pas de la Faculté, à l'encontre des médecins galéniques.

Le trop lent galénique,

Le chimique trop prompt, l'impudent spagirique,

Auront chacun leur dupe, et, par divers chemins,

Feront expérience aux frais des corps humains.

(Sénecé, Les trav. d'Apollon, sat.)

[Note 321: ][ (retour) ] Voir, sur ces medicamenta faciei, dont usoient les dames du 17e siècle autant que celles du nôtre, un endroit du Roman satyrique de Jean de Lannel, 1624 (l. II, p. 194 et suiv.).--V. aussi, dans Scarron, l'Héritier ridicule (V. 1), un passage qui semble fait exprès pour cette note:

Blanc, perles, coques d'oeufs, lard et pieds de mouton,

Baume, lait virginal, et cent mille autres drogues,

De testes sans cheveux, aussi razes que gogues,

Font des miroirs d'amour, de qui les faux appas

Estallent des beautez qu'ils ne possèdent pas.

On les peut appeler visages de moquette:

Un tiers de leur personne est dessous la toilette,

L'autre dans les patins; le pire est dans le lit;

et Molière, Préc. rid., IV, sans parler de quelques ouvrages plus autorisés sur la matière, tels que le Parfumeur françois, de Simon Barbe, 1693, etc.

[Note 322: ][ (retour) ] On prodiguoit alors cette épithète aux poètes, surtout dans les madrigaux, odes et sonnets qu'on leur adressoit pour être insérés en tête de leurs oeuvres. Le duc de Saint-Aignan, flatté d'avoir été nommé dans la Légende de Bourbon, traita Scarron lui-même de divin dans une épître en vers. Ailleurs Mlle Descars lui parle de sa divine plume. (Oeuvr. de Scarr., rec. de 1648.)


CHAPITRE XIX.

Les deux Frères rivaux. [323]

orothée et Feliciane de Montsalve etoient les deux plus aimables filles de Seville, et, quand elles ne l'eussent pas été, leur bien et leur condition les eussent fait rechercher de tous les cavaliers qui avoient envie de se bien marier. Dom Manuel, leur père, ne s'etoit point encore declaré en faveur de personne, et Dorothée, sa fille, qui, comme aînée, devoit être mariée devant sa soeur, avoit comme elle si bien menagé ses regards et ses actions, que le plus presomptueux de ses pretendans avoit encore à douter si ses promesses amoureuses en etoient bien ou mal reçues. Cependant ces belles filles n'alloient point à la messe sans un cortége d'amans bien parés; elles ne prenoient point d'eau benite que plusieurs mains, belles ou laides, ne leur en offrissent à la fois; leurs beaux yeux ne se pouvoient lever de dessus leurs livres de prières qu'ils ne se trouvassent le centre de je ne sais combien de regards immoderés, et elles ne faisoient pas un pas dans l'eglise qu'elles n'eussent des reverences à rendre. Mais si leur merite leur causoit tant de fatigues dans les lieux publics et dans les eglises, il leur attiroit souvent devant les fenêtres de la maison de leur père des divertissemens qui leur rendoient supportable la sevère clôture à quoi les obligeoient leur sexe et la coutume de la nation. Il ne se passoit guère de nuit qu'elles ne fussent regalées de quelque musique, et l'on couroit fort souvent la bague devant leurs fenêtres, qui donnoient sur une place publique.