«Sapientissimo dottore, lui dit aussitôt Zina d’un air moqueur, que nous apprendrez-vous de nouveau aujourd’hui? Quels sont les mariages et les fêtes qui se préparent, et comment se portent les habitants de Cadolce, où vous allez si souvent prêcher à l’osteria della Luna?
—Vous êtes la plus malicieuse jeune fille de La Rosâ, lui répliqua Giacomo avec bonhomie, et, pour vous punir de l’indiscrétion de votre langue, qui s’exerce si souvent à mes dépens, je ne vous dirai pas un secret qui vous concerne et qui m’a été confié par un beau jeune homme de Bassano.
—Ah! vous voulez détourner la conversation en excitant ma curiosité féminine, répondit Zina un peu intriguée; mais vous n’y parviendrez pas, dottor mio. Tenez, je vous offre la paix, si vous voulez nous chanter une belle canzonetta bien longue, et que nous puissions retenir pour vous faire honneur.
—Non, non, répliquèrent les autres jeunes filles; contez-nous plutôt une belle histoire d’amour, une histoire qui ne se trouve pas dans les épîtres de saint Pierre et de saint Paul.»
A ces mots, Giacomo éprouva une joie secrète qu’il ne sut pas contenir. Il était ravi qu’on lui offrît l’occasion de faire briller sa faconde et de tirer de sa mémoire un de ces vieux contes qui s’y trouvaient enfouis depuis son enfance.
«Que vous raconterai-je? dit-il d’un air important. Je voudrais trouver un sujet qui fût digne des beaux yeux qui me regardent.
—Pas mal commencé, répondit Zina en riant.
—Ma foi, je vais vous dire une vieille histoire que je tiens du vénérable curé de Cittadella, et qui remonte à je ne sais plus quelle génération. Je désire qu’elle vous intéresse; ce sera une preuve en faveur de mon goût.
—De mieux en mieux, repartit encore l’intarissable Zina; nous vous écoutons toutes, le orecchie spalancate.»
Après avoir aspiré une large prise de tabac, Giacomo commença ainsi d’une voix sonore: