Les gars de la Madeleine
Ne se marient point sans peine.
En Haute et en Basse-Bretagne la plupart des villages qui s'appellent la Madeleine ont été habités par des cordiers, et presque toujours il y avait là autrefois une léproserie.
On dit par raillerie que les cordiers gagnent leur vie à reculons; cette plaisanterie qui se trouve déjà au XVIe siècle dans les Adevineaux amoureux, sous cette forme: «Quel homme esse qui gaigne sa vie en reculons!» figure aussi dans les devinettes allemandes; on la trouve dans l'énigme suivante:
Image naïve du temps,
Que rien n'arrête et ne devance,
Bien différent des courtisans,
C'est en reculant que j'avance.
Et Charles Poncy en a fait le refrain de sa chanson du cordier:
Dans le métier que je professe,
On n'avance qu'en reculant.
En Flandre, Achteruit gaan gelijk de zeeldraaiers, marcher à reculons comme les cordiers, c'est faire de mauvaises affaires. On dit aussi ironiquement: Hij gaat vooruit gelijk de zeeldraaiers, il va en avant comme les cordiers, de quelqu'un qui fait tout le contraire.
Les cordiers avaient saint Paul pour leur patron, on ne sait pas au juste pourquoi: le marquis de Paulmy prétendait que ce saint, étant parti pour aller combattre les chrétiens, fut contraint de retourner sur ses pas, et que les cordiers, obligés de travailler à reculons, l'avaient choisi pour ce motif. D'après A. Perdiguier, les cordiers faisaient partie, dès 1407, du Compagnonnage du Devoir. Malgré cette antiquité, ils ne paraissent pas y avoir joué un rôle particulier.
On a fait, à propos des cordiers, l'assemblage de mots suivants, qui est une sorte de casse-tête de prononciation:
Quand un cordier cordant
Veut recorder sa corde.
Pour sa corde à corder
Trois cordons il accorde;
Mais si l'un des cordons
De la corde décorde,
Le cordon décordant
Fait décorder la corde.