On comprend que, en raison de ces habitudes vraies ou supposées, les conteurs aient mis les tailleurs au nombre des gens que l'on ne voit pas en Paradis. La Mésangère écrivait en 1821: C'est un dicton courant dans quelques-uns de nos départements, notamment dans celui de l'Aveyron, que saint Pierre n'a jamais voulu ouvrir la porte du Paradis aux tailleurs.
[Illustration: Boutique de tailleur hollandais, d'après une estampe du XVIIe siècle.]
La réputation de dérober des pièces est constatée dans un proverbe de l'Armagnac, et implicitement dans un grand nombre de dictons qui associent les tailleurs aux meuniers, aux tisserands, etc., tous gens que la malice populaire représente comme peu respectueux du bien d'autrui:
Taillur, Boulur, Pano pedassis, Quant a hèit la bèsto Tourno pas lou rèsto.
Tailleur,—Voleur,—Vole des pièces,—Quand il fait la
veste—Ne rend pas le reste.
La chanson gasconne des Bruits de métiers formule la même accusation:
Quand lou taillur hè uo raubo, Rigo rago, sur la taulo, Dou bèt drap, dou fin drap, Quauque retail de coustat.
Quand le tailleur fait une robe,—Rigue rague, sur la table,—Du beau drap, du fin drap,—Quelque coupon de côté.
En Haute-Bretagne, on dit aux enfants des tailleurs:
Fils du tailleur,
Tu as bien du bonheur,
Le dimanche après vêpres,
Tu vas te promener
Le chapeau sur l'oreille
Et l'aiguille au côté.
Tout le monde se demande:
—Quel est donc ce petit effaré?
—C'est le fils au larron couturier!
Oh! que les couturiers sont braves! (bien habillés).
Mais ce n'est pas de leur argent,
C'est des retailles des braves gens.