ARLEQUIN.—Ni moi de fille si ragoûtante. Voilà, mordi, une petite créature bien émerillonnée… M'amie, me voudrais-tu tailler une chemise et quelques caleçons?

MARGOT.—Je suis votre servante, monsieur; on ne travaille
point en homme au logis.

COLOMBINE.—Mais il me semble, Margot, que ce manteau-là
monte bien haut: on ne voit point ma gorge.

MARGOT.—Ce n'est peut-être pas la faute du manteau,
mademoiselle.

COLOMBINE.—Taisez-vous, Margot, vous êtes une sotte:
remportez votre manteau; j'y suis faite comme une je ne
sais quoi.

ARLEQUIN.—Plus je vois cette enfant-là, plus elle me plaît… un petit mot: j'ai besoin d'une fille de chambre; je crois que tu serais assez mon fait; sais-tu raser?

MARGOT.—Moi, raser? je vois bien que vous êtes un gausseur; je mourrais de peur si je touchais seulement un homme du bout du doigt. Adieu, mademoiselle; dans un quart d'heure je vous rapporterai votre manteau avec de la gorge.

Il est vraisemblable que les couturières de campagne purent exercer leur modeste métier sans rencontrer d'opposition de la part des hommes. Je n'en ai pas trouvé trace dans les documents, assez peu nombreux, où il est question d'elles.

En Haute-Bretagne elles sont, de même que les tailleurs, employées la plupart du temps à la journée, et comme eux elles vont travailler de maison en maison. Elles taillent et cousent les habits d'homme aussi bien que ceux des femmes et des enfants; c'est pour cela qu'elles sont appelées indifféremment couturières ou tailleuses. Presque toutes savent raccommoder le linge ou le repasser; c'est à cette dernière occupation qu'elles emploient souvent le samedi dans les maisons où elles sont à journées.

Les paysans, si prodigues de dictons satiriques et d'appellations injurieuses à l'égard des tailleurs, les adressent rarement aux couturières. Si en Haute-Bretagne on les appelle couturettes, avec une petite nuance de dédain, je n'y ai trouvé aucune formulette, aucun dire moqueur; les deux seuls que j'aie relevés proviennent: le premier du Limousin, le second du pays de Liège: