En Haute-Bretagne, pour désigner un commérage, on dit qu'il a été entendu au «doué». Un proverbe bas-breton le constate aussi:
Er fourniou-red, er milinou, E vez klevet ar c'heloiou; Er poullou hag er sanaillou E vez klevet ar marvaillou.
Au four banal, au moulin,—On entend les nouvelles;—Au lavoir et dans les greniers,—On entend les commérages.
Autrefois les gamins, en beaucoup de pays, se mettaient à regarder les laveuses et à les désigner avec le doigt, comme pour les compter; ce geste avait le don de les rendre furieuses et d'attirer à son auteur une bordée d'injures. Semblable sort était réservé à celui qui leur adressait la question à double sens: «Lavez-vous blanc?» C'était vraisemblablement en pareille occurrence que celles de Rennes se comportaient, comme l'indique un passage de Noël du Fail: «Quand les lavandieres de la Porte-Blanche sont a quia et au bout du rollet de leurs injures actives et passives, elles n'ont autre recours de garentie qu'à se monstrer et trousser leur derrière à partie adverse». Le Voyage de Paris à Saint-Cloud par mer (1748) constate que celles des environs de Paris n'avaient pas laissé tomber cette tradition en désuétude: À Chaillot, les femmes qui étaient sur la grève à essanger leur linge, battre et laver leur lessive, nous dirent en passant mille sottises que la pudeur ne me permet point de répéter. Les passagers ont répondu par des répliques si corsées, que la plus vieille de ces mégères, enragée de se voir démontée, a troussé sa cotte mouillée et nous a fait voir le plus épouvantable postérieur qu'on puisse jamais voir.
La Légende de Maistre Pierre Faifeu raconte comment ce coquin émérite fit taire les lavandières de buée à Blois, un jour qui descendait en bateau la rivière de Loire:
… Ung grant bruyt ont ouy.
Dont de prinsault nul ne fut resjouy.
Car il sembloit que fussent dix banieres
De gens de guerre, et s'estoient buandieres
Qui là estoient pour leur buée laver,
Dont tout soubdain chascun se va lever,
Les regardant se reputent infames
Avoir peur ouyr le bruyt des femmes.
Tout ce cas fait, ainsi comme j'entens,
Faifeu leur dist pour faire passer temps,
Que dix escuz contre eulz tout va mettre,
Qu'il fera bien tout leur caquet remettre,
Et que soubdain bien taire il les fera
Sans les toucher et ne leur meffera
Incontinent entre eulx fut fait la mise;
Alors Faifeu s'est mis tout en chemise,
Et d'un habit de diable il s'est vestu;
Car à Paris il s'estoit esbatu
À l'achepter, pour maint passe-temps faire.
Lui accoustré en ce point ne diffère,
Bien tost monter tout au hault de la hune.
Cryant, hurlant; incontinent pas une
Femme qui fust n'a sonné un seul mot.
Mais tuës se sont, n'attendant que la mort.
Car pour certain de grant peur admirable,
Toutes cuydoient que ce fust le grant Diable.
Tabourot, dans ses Équivoques françois, rapporte une plaisanterie qui est encore usitée: «Les lavandières ont un proverbe ordinaire, Si vous l'auez ne me le prestez pas, et si vous ne l'auez pas, prestez-le moi. Qui s'entend d'une palette ou battoir, propre à laver les draps».
Au XVIe siècle, les laveuses avaient, au point de vue des moeurs, une réputation équivoque:
Je m'en rapporte à ces maris
Qui ont esprouvé, bien souvent,
Quelle marchandise elle vent.
Et en tant qu'elle est lavandière
Elle blanchit la pièce entière;
Puis vrayment, qui, en ung besoing,
La trouveroit en quelque coing.
Encore feroit-il conscience
De ne la prendre en patience
Tout au fin moins pour l'esprouver.
Voilà, voilà ma lavandière
Qui merque, ainsi comme fourrière,
Les logis d'un nouvel amour.