Il y a des lavandières qui ne font que laver; à la campagne c'est ce qui arrive le plus habituellement. À Paris, beaucoup vont au lavoir et repassent ensuite le linge à la maison. On leur donne plusieurs surnoms: celui de «poules d'eau» vient de ce que, comme cet oiseau, elles se tiennent sur le bord de l'eau; comme elles ont le verbe haut, on les appelle «baquets insolents», par allusion au baquet professionnel. Les repasseuses sont des «grilleuses de blanc», et on les accuse d'employer parfois des fers trop chauds. Dans le peuple, on qualifie de «blanchisseuse de tuyaux de pipes» la femme qui n'a pas de métier avouable.

Le nom de Margot a été souvent donné aux blanchisseuses; on voit figurer dans une petite pièce de 1774, sur l'arrivée de la Dauphine à Paris, «Margot du batoir», blanchisseuse au Gros-Caillou.

Le blanchisseur est appelé «papillon»; comme cet insecte, il arrive de la campagne, et ses ailes blanches sont représentées par les paquets de linge qu'il porte sur son épaule.

Guillot, dans le Dit des Rues de Paris, qui remonte au XIIIe siècle, parle de la rue des Lavandières, «où il y a maintes lavendières», et il nous fait entendre que ces filles ne se bornaient pas à rincer du linge à la rivière. De tout temps les blanchisseuses ont eu la même réputation, et leur reine, qu'elles élisaient chaque année, avait des pouvoirs analogues à ceux du roi des ribauds, mais seulement dans ses États et sur ses sujettes.

Hamilton, au XVIIe siècle, fait allusion à leurs promenades à la fête de Saint-Germain-en-Laye:

Blanchisseuses et soubrettes,
Du dimanche dans leurs habits,
Avec les laquais leurs amis
(Car blanchisseuses sont coquettes)
Venoient de voir à juste prix
La troupe des marionnettes.

Au siècle dernier, Vadé mettait en scène des blanchisseuses qui ne se laissaient courtiser que pour le bon motif. L'une d'elles dit à sa fille: «Une blanchisseuse n'est pas une grosse dame; y a blanchisseuses et blanchisseuses, toi t'es blanchisseuse en menu; et quand même tu ne blanchirais que du gros, dès qu'on a de l'inducation, fille de paille vaut garçon d'or.»

Dans la série des Grisettes, Vernier a dessiné un intérieur où sont deux blanchisseuses: l'une d'elle menace de son fer chaud un pompier trop entreprenant et lui dit: «Pompier! pompier! si vous ne finissez pas, vous allez être brûlé.» Une lithographie d'Hippolyte Bellangé montre aussi un pompier assis sur une chaise en équilibre et un pied sur le poêle, dans une attitude affaissée indiquant qu'il a trop fêté la bouteille que l'on voit à ses pieds; tout en repassant une camisole, la blanchisseuse dit: «C'est bien aimable un pompier, mais ça a des moments bien désagréables».

[Illustration: Petite Blanchisseuse, d'après une lithographie de
Gavarni.]

Plusieurs caricatures sont basées sur les galanteries dont les blanchisseuses sont l'objet; elles sont cependant bien moins nombreuses que celles qui ont trait aux ouvrières de l'aiguille. Une planche de la Restauration représente un jeune homme qui enlace une blanchisseuse, dont il a renversé le fourneau avec le pied; au-dessous est l'inscription: «Vous repasserez demain.» Une autre lithographie coloriée est intitulée «le Jour de la Blanchisseuse»; pendant que celle-ci, au minois éveillé, dépose son panier, un célibataire pousse le verrou de son appartement. Dans la série assez égrillarde de Linder (1855), une blanchisseuse a dispute avec un client; dans la planche suivante, elle se rajuste devant une glace, ce qui prouve que la discussion n'a pas été de longue durée.