[Illustration: La blanchisseuse, d'après les Arts et Métiers.]

Les blanchisseuses ne paraissent pas avoir, comme les lavandières de la campagne, des superstitions nombreuses et variées. Voici les seules qui soient venues à ma connaissance: Dans la Gironde, les tisseuses prétendent que quand les fers placés sur le fourneau remuent, c'est un présage d'ouvrage prochain. Dans ce même pays et dans les Charentes, pour connaître si le fer à lisser est chaud à point elles crachent dessus; si la salive est immédiatement absorbée, c'est signe qu'il est en état de servir. Le rôle des blanchisseuses, dans les récits populaires, est assez restreint. J'ai entendu maintes fois conter, en plusieurs pays de la Haute-Bretagne, très éloignés les uns des autres, l'histoire suivante, qui semble un écho lointain de la «Barbe-Bleue»: Trois jeunes personnes blanchissaient le linge d'un monsieur, et elles remarquaient que les torchons et les serviettes étaient tachés de sang. Elles allaient à tour de rôle porter le linge. Un jour l'une d'elles, en arrivant au bas de l'escalier, entendit des cris et sentit quelque chose de chaud qui lui dégouttait sur la main. C'était du sang, et presque aussitôt une main tomba sur la sienne; elle la ramassa et se sauva sans avoir été vue. Peu après, le monsieur invita les jeunes filles à dîner; elles acceptèrent, mais à la condition que d'abord le monsieur et ses amis viendraient manger chez elles. Elles prévinrent la justice, et à la fin du repas, celle qui avait ramassé la main conta ce qu'elle avait vu, en disant que c'était un rêve; à la fin la justice arriva et emmena les trois assassins.

SOURCES

E. Fournier, Variétés historiques et littéraires, I, 311.—Sauvé, Lavarou Koz.—Lecoeur, Esquisses du Bocage normand, II, 757.—Noël du Fail, OEuvres (édition Assézat), II, 253.—Ancien Théâtre français, IV, 257, 265.—Paul Sébillot, Les Travaux publics et les Mines, 40; Coutumes de la Haute-Bretagne, 235, 287.—Noguès, Moeurs d'autrefois en Saintonge, 200.—Henderson, Folk-Lore of Northern Counties, 80.—E. Monseur, Le Folk-Lore wallon. 126, 131.—Reinsberg-Düringsfeld, Traditions de la Belgique. I, 235, 392; II, 93.—Ceresole, Légendes de la Suisse romande. 89, 323.—Mistral, Trésor.—Régis de la Colombière, Cris de Marseille, 259.—Sauvé, Le Folk-Lore des Vosges, 220, 308, 381.—Moiset, Usages de l'Yonne, 123.—Revue des traditions populaires, II, 524; VI, 758; IX, 217.—Grimm, Teutonic mythology, IV, 1777.—Gregor, Folk-Lore of Scotland, 177.—A. de Nore, Coutumes, etc., des provinces de France, 100.—L. du Bois, Esquisses de la Normandie, 344.—P. Renard, Superstitions bressannes, 15.—Duval, Esquisses marchoises, 20.—Paul Sébillot, Traditions de la Haute-Bretagne, I, 192,124; 229, 250.—Amélie Bosquet, La Normandie romanesque, 179.—A. Meyrac. Traditions des Ardennes, 199.—Laisnel de la Salle, Légendes du Centre, II, 99, 123.—A. Le Braz, Légende de la mort en Basse-Bretagne, 378.—Société archéologique du Finistère, XXI, 461.—A. Vaschalde, Superstitions du Vivarais, 14.—J.-F. Bladé, Contes de la Gascogne, I, 22.-F.-M. Luzel, Contes de Basse-Bretagne, I, 303.—L. Brueyre, Contes de la Grande-Bretagne, 68.—Dasent, Popular tales from the Norse, 34.—J.-F. Bladé, Poésies populaires de la Gascogne, II. 220.—L. Larchey, Dictionnaire d'argot.—Jacob, Curiosités de l'histoire de Paris, 125.—Vadé, Lettres de la Grenouillère.—A. Coffignon, Coulisses de la Mode, 113, 119.—La Bédollière, Les Industriels, 107.—Restif de la Bretonne, Les Nuits de Paris, 182.—C. de Mensignac, Superstitions de la Gironde, 114; La Salive et le Crachat, 112.

[Illustration: Vieille blanchisseuse, d'après Daumier.]

LES CORDONNIERS

Le blason populaire des cordonniers et des savetiers est d'une richesse exceptionnelle; il n'est probablement aucun corps d'état qui ait été désigné par autant de surnoms plaisants ou de périphrases comiques.

Beaucoup sont des allusions ironiques à des professions plus relevées: en argot le maître cordonnier est appelé «pontife» à cause de la forme de son tablier, qui lui avait valu aussi le sobriquet de «porte-aumusse»; au siècle dernier le surnom de «porte-aumuche» désignait une certaine catégorie de savetiers. Le simple cordonnier a été qualifié d' «ambassadeur».

La comparaison de l'alène avec une arme de guerre avait fait imaginer un surnom que l'on lit sur l'estampe de la p. 29 «chevalier de la courte lance, le pied à l'estrier, la lance en arrest» et dans une petite pièce de 1649:

Chevalier de la courte lance
Ou savetier, par révérence.