Lorsque, d'après la légende ukraïnienne, la sainte Vierge descendit en Enfer, elle vit des hommes et des femmes tourmentés sans pitié sur le feu; les diables leur fourraient dans la bouche de la laine et du cuir flamboyant, versaient dans leurs yeux le goudron bouillant, déchiraient leurs corps avec des ongles de fer brûlant, etc. «Qui sont ces gens? demanda la sainte Vierge.—Ce sont les pelletiers, les corroyeurs et les cordonniers malfaiteurs, répondit saint Michel.

On sait que les cordonniers ont une dévotion particulière et fort ancienne pour saint Crépin et saint Crépinien; on assure toutefois qu'ils vénèrent au moins autant saint Lundi.

Dans un des Noëls au patois de Besançon, qui date de 1707, un savetier, venu avec d'autres ouvriers pour rendre hommage au petit Jésus, dit que pour lui faire honneur il fêtera désormais le lundi:

I seu lou grand réparateu De lai chaussure humaine, Y venet voë nouëte Sauveu: Encoüot qu'y seu pouëre, y seu sieu Que mai race ot ancienne, Y fera féte ai son hoüneu Las Lundis das semaines.

Dans la Flandre occidentale, on dit qu'ils ne savent pas au juste quel jour tombe la fête de saint Crépin, mais qu'ils savent seulement que c'est un lundi; c'est pour cela qu'ils le fêtent tous les lundis de l'année; en Angleterre ce jour est parfois appelé Saint Monday, Saint Lundi, ou Cobbler's Monday, le lundi des cordonniers, nom aussi usité en France. Mais s'il en faut croire les chansons et les dictons, un seul jour de culte ne leur suffit pas:

Les cordonniers sont pir's qu'les évêques (bis):
Tous les lundis ils font une fête.
Lon la,
Battons la semelle, le beau temps viendra.

Tous les lundis ils font une fête (bis),
Et l'mardi ils ont mal à la tête.

L'mercredi ils vont voir Cath'rinette,

L'jeudi ils aiguisent leurs alènes,

L'vendredi ils sont sur la sellette,