Dans la Haute-Saône, le lutin d'Autrey se montre sous la figure d'un petit savetier qui, adossé à une borne, bat la semelle en chantant. S'il voit venir quelque paysan, il lui souhaite le bonsoir et lui dit qu'il n'a plus que trois clous à planter dans son vieux soulier, et qu'ensuite ils feront route ensemble. Il lui cause jusqu'au coucher du soleil; alors, il prétend qu'il est fatigué et saute sur le dos du paysan, qui est forcé de le promener toute la nuit.

[Illustration: Le cordonnier et les nains, figure tirée des Vieux
Contes allemands, Paris, 1824.]

[Illustration: Gnaffron, personnage du Guignol lyonnais, dessin de
Raudon, dans le théâtre de Guignol (Le Bailly).]

SOURCES

Variétés historiques et littéraires, I, 14.—Larchey, Dictionnaire d'argot.—Mistral, Tresor dou felibrige.—Causes amusantes et peu connues, I, 70, 85.—Leroux, Dictionnaire comique.—Les Français, II, 265, 267, 268.—Paul Sébillot, Coutumes de la Haute-Bretagne, 74.—J.-F. Bladé, Proverbes de la Gascogne.—Ancien Théâtre français, II, 115.—E. Rolland. Rimes et jeux de l'Enfance, 320.—Leite de Vasconcellos, Tradiçoes de Portugal, 251,—Revue des traditions populaires, IX, 685; N, 157, 202.—Paris ridicule, 310.—Dragomanov, Traditions populaires de la petite Russie, 280.—Jitté i slovo, V, 232.—Communications de M. T. Volkov.—Ampère, Instructions pour les poésies populaires.—E. Monseur, La Folk-Lore wallon, 7, 74.—Communications de MM. H. Macadam, Alfred Harou.—Lespy, Proverbes de Béarn.—G. Pitrè, Costumi siciliani, 14, 21.—Henderson, Folk-Lore of Northern Counties, 82.—Calendario popular (Fregenal), 1885, 16.—Paul Lacroix et Alfred Duchesne, Histoire des Cordonniers, 117, 125, 162, 207.—Ant. Caillot, Vie publique des Français, II, 213.—Sensfelder, Histoire de la Cordonnerie, 21. 271.—Hécart, Dictionnaire rouchi.—Magasin pittoresque, 1850, 141.—L. Morin, Les Communautés des cordonniers, basaniers et savetiers de Troyes (1895), 36, 62.—G.-S. Simon, Étude sur le compagnonnage, 22, 75, 87, 110, 115.—A. Perdiguier, Le Livre du Compagnonnage, I, 44.—E. Cosquin, Contes de Lorraine, I, 257.—Paul Sébillot, Contribution à l'étude des contes, 73.—Roumanille, Li Conte prouvençau, 86.—Vieux contes allemands, 1824, 194.—Ch. Thuriet, Traditions de la Haute-Saône, 115.

[Illustration: Savetier, d'après une lithographie, Arts et
Métiers
.]

LES CHAPELIERS

La corporation des chapeliers est ancienne: elle figure dans le Livre des Métiers; il y avait alors les chapeliers de feutre, les chapeliers de coton, les chapeliers de paon, les fourreurs de chapeaux, les chapeliers de fleurs et les fesseresses de chapeaux d'or et d'orfrois à quatre pertuis, et leurs statuts y sont longuement énumérés. Les trois premières catégories rentraient seules à peu près dans ce qu'on est convenu d'appeler la chapellerie, les deux autres étant plutôt du ressort de la mode.

[Illustration: Habit de Chapellier.]

En 1578, la corporation des chapeliers fut définitivement organisée, et elle eut un blason d'or aux chevrons d'azur, accompagné de trois chapels de gueules. Elle devait son privilège au comte Antoine de Maugiron, qui l'obtint de Henri III. Elle prit pour patron celui de son protecteur, et saint Antoine fut depuis en grand honneur parmi les chapeliers de Paris. Il était même de règle «qu'au jour anniversaire de ladite fondation, les quatre maîtres jurés, gouverneurs et régents, vinssent es demeures du Louvre pour congratuler notre doux sire le Roy et lui présenter un jeune pourcel vivant, de la grosseur d'un agnelain, adorné de fleurs, estendu par pied d'une figurine de cire représentant monseigneur saint Antoine d'Heraclée. Ces petits cochons ont toujours été reçus d'Henri III à Louis XVI inclusivement.