Les chapeliers de Paris, au nombre de 3.000 à peine (ils étaient 6.000 en 1886), sont partagés en deux sociétés dites des «Cartes vertes» et des «Cartes rouges». Ces derniers, qui sont les plus remuants, avaient, en 1894, d'après le Monde illustré, leur réunion dans un antre obscur de la rue du Plâtre.

[Illustration: Boutique de chapelier (milieu du XVIIIe siècle)
(Musée Carnavalet).]

Lorsqu'on enterrait un ouvrier chapelier appartenant au compagnonnage, les compagnons faisaient, à Paris, il y a quelques années, des passes d'armes avec des cannes de tambour-major semblables à celles des compagnons charpentiers, puis ils se répandaient en gémissements dans leurs chapeaux; les uns disaient qu'on enterrait leur frère, les autres simplement qu'ils pleuraient leur frère.

L'ouvrier chapelier, qui est presque toujours à ses pièces, est généralement travailleur; on appelle «noceurs» ceux qui ne travaillent pas les premiers jours de la semaine; ils se rattrapent presque toujours en donnant un coup de collier les derniers jours. L'inscription qui accompagne l'image de saint Lundi, publiée à Épinal vers 1835, place au sixième rang des dévots à ce saint le chapelier Mal-Blanchi, et met dans sa bouche ces mots:

On m'a dit et je m'en fais gloire
Que j'étais un peu riboteur,
Mais je suis, vous pouvez m'en croire.
Malgré plus d'un propos menteur,
Bon enfant, quoiqu'un peu licheur.

Parmi les autres surnoms donnés aux chapeliers figurent ceux de «castor» et de «castorin», qui font allusion à l'espèce de peau qu'ils employaient autrefois.

Il est rare que les ouvriers chapeliers passent en police correctionnelle pour vol. Les anciens règlements étaient sévères à ce sujet; d'après les Articles des gardes jurés, 1684, art. IV: si l'apprenti, pendant le temps de son apprentissage se trouvait atteint, convaincu et condamné de quelque crime, vol ou autre délit considérable, le brevet de son apprentissage était cassé et révoqué, sans qu'il fût besoin de jugement ni arrêt plus exprès.

Certains d'entre eux qui rougiraient à la pensée d'un vol, commettent des actes qui sont tout aussi repréhensibles. On les appelle «chatteurs»: ce sont ceux qui s'amusent à ne pas payer le marchand de vin, le logeur en garni ou le gargotier; cela s'appelle faire «chatte» et n'est pas considéré par les chatteurs comme un acte coupable. L'euphémisme du mot voile la laideur de la chose; de même chez les écoliers, chiper n'est pas voler. Il en est aussi qui se livrent à la maraude, et font passer à la casserole la poule du voisin qui s'égare; dans certains pays, quand une poule disparaît, on dit: «Ce sont encore les chapeliers qui l'ont fricassée.»

La fabrique est la «boîte»; on dit d'une boîte où l'on ne gagne pas sa vie «c'est la peau». L'apprenti est un «armagnolle», à Paris un arpète, l'ouvrier le plus ancien «un goret», le contremaître «un sergent»; celui-ci qui, à Paris, est appointé au mois, est secondé par un sous-contremaître payé à la semaine et chargé de la préparation des matières premières, il porte tout naturellement le nom de «caporal»; le maître ou chef d'usine est «le Bausse» dont le nom vient peut-être du flamand Bos (maître). Le jour où l'apprenti a fini son temps, on lui fait payer une sorte de dîme, appelée «cassage», une douzaine de francs environ; les ouvriers ajoutent quelque petite somme et tous ensemble vont festoyer.

Dans les ateliers on s'amuse à faire des farces aux ouvriers qui ont mauvais caractère. Cela s'appelle «monter la chèvre».