La grève est désignée sous le nom de «sautage»,
«Battre la banque» c'était demander des avances au patron; si celui-ci refusait, on disait qu'il avait «pété».
Au milieu du XVIIe siècle on fit, sur plusieurs métiers, des caricatures qui étaient basées sur des aventures réelles ou supposées. Celle du chapelier, que nous reproduisons, p. 61, est accompagnée des vers suivants:
Un chapelié, un soir bien sou,
Se mit à quereller sa femme,
Mais elle l'appela: «Vieux fou,
Yvrogne et sac à vin infâme!»
Le poussa de sur les degrés
Et luy ferma la porte au nés.
Se qui le mit en grand furie;
Mais toutes fois n'en pouvant plus,
Après des efforts superflus,
Il entra dans une escurie.
Là ce pauvre homme s'endormit.
Mais un cheval un coup luy porte:
Luy, croyant estre dans son lit,
S'écrie: «Mon voisin main-forte!»
Et se souvenant de l'affront,
Pensant prendre sa fame au front,
Prit la queue de ceste beste,
Et, tirant à force de bras,
Dit: «Par la mort, et par la peste,
Putin, tu me le paieras!»
Le cheval, se sentant tiré
Ses crins, à force de ruades,
L'yvrogne les voulant parer,
Luy donne en vain quelque gourmade;
Mais tous les voisins acourus
Au bruit de ce combat bouru
Dont il avait la face bleue,
Les séparèrent en riant.
Et chacun luy alloit criant:
«Allons, chapelié, à la queue!
À la queue! à la queue!»
L'usage de donner un chapeau neuf en échange de plusieurs vieux existait déjà dès le XVIe siècle; un passage des Équivoques de la voix, de Tabourot, le constate d'une manière assez plaisante: «Comme on disoit qu'à Paris il estoit arrivé vn chappelier de Mantouë, qui donnoit pour deux vieux chappeaux un oeuf, plusieurs recherchèrent leurs vieux chappeaux pour en aller demander vn neuf, estimant qu'on leur donneroit vn chappeau neuf.»
[Illustration: LE CHAPELIE A LA QVEV]
La vente des vieux chapeaux est également ancienne, mais l'art de leur rendre leur ancien lustre était moins perfectionné qu'aujourd'hui. Ce commerce avait lieu sous le Châtelet, le long du quai de la Mégisserie. On voit, disent les Numéros parisiens, des chapeliers qui étalent des vieux chapeaux, à qui on a donné un tel apprêt, qu'un pauvre diable d'auteur ne balance pas d'en donner le prix qu'on lui demande. Ces chapeaux craignent l'eau et le soleil, et, comme ils ne sont que de pièces et morceaux collés, celui qui en a fait l'emplette et qui se trouve surpris par une grande pluie, n'a plus que la moitié ou le quart d'une calotte sur la tête lorsqu'il rentre chez lui. Les marchands de chapeaux de ce genre font courir leurs femmes dans tous les quartiers de Paris pour empletter des vieux chapeaux, et quelque délabrée que soit la marchandise, lorsqu'elle entre dans cette fabrique, on ne tarde pas d'en tirer un parti très avantageux.
Les enseignes des boutiques de chapeliers ne présentaient pas autant d'originalité que celles de certaines autres professions; elles étaient désignées par des chapeaux en fer ou en zinc, affectant assez souvent la forme de ceux des généraux du premier Empire, peintes en rouge avec une cocarde dorée; on peut encore en voir quelques-unes.—C'était assez exceptionnellement qu'on en voyait d'analogues à celles du «Chapeau fort» qui existait jadis rue de l'École-de-Médecine, ou du «Chapeau sans pareil», dont parle Balzac. D'autres avaient cette inscription: «Au chapeau rouge» ou «Au chapeau de cardinal».