L'imagerie révolutionnaire parodia souvent les inscriptions de la barberie; une estampe qui a pour titre le proverbe bien connu: «Un barbier rase l'autre», montre une enseigne sur laquelle est écrit: Ici on rase tout; un prolétaire est assis bien à l'aise dans un fauteuil, et se fait raser par un noble, auquel un abbé sert de garçon perruquier. Ici on sécularise tout, lit-on sur une autre, suspendue au-dessus d'un moine savonné, sur les genoux duquel s'est assise une femme qui, un rasoir à la main, s'apprête à lui faire la barbe.

Une sorte de naïveté malicieuse semble avoir présidé à la composition de certaines enseignes, du genre de celle-ci, qu'on lisait naguère assez fréquemment en Belgique: Ici on rase à la papa et on coupe les cheveux aux oiseaux. Dans l'amusant vaudeville de Scribe, Coiffeur et perruquier, ce dernier, auquel on reproche ses antiques façons, s'écrie: «Qu'est-ce qu'elle a donc, mon enseigne? Depuis trente ans elle est toujours la même: Poudret, perruquier; ici on fait la queue aux idées des personnes

L'art des inscriptions a été cultivé jusqu'au milieu de ce siècle par les coiffeurs. En 1826, Lambert, rue de Nazareth, avait fait peindre sur sa boutique ces deux distiques engageants; le premier s'adressait aux hommes, le second au beau sexe:

Vous satisfaire est ma loi Pour vous attirer chez moi.

Aux dames, par mon talent. Je veux être un aimant.

À la même époque on lisait sur une devanture de la rue Saint-Jacques: Au savant perruquier; pour justifier ce titre, le patron l'avait ornée de deux vers grecs et de deux vers latins; voici ces derniers:

Hic fingit solers hodierno more capillos Dexteraque manu novos addit ars honores.

Il croyait que les étudiants auraient traduit facilement ce latin de collège qui voulait dire: Ici un art ingénieux façonne les cheveux à la mode du jour, et d'une main habile y ajoute de nouveaux agréments.

Ainsi qu'on l'a vu, il arrivait assez fréquemment en province que les barbiers cumulaient plusieurs métiers, comme ce perruquier normand, qui tenait un petit restaurant, et s'adressait en ces termes à sa double clientèle:

Toussaint, perruquier, Donne à boire et à manger, Potage à toute heure avec de la légume; On coupe les cheveux par-dessus.