[Illustration: Ne pesant pas l'once]
LES COIFFEURS
Lorsque, en 1674, les barbiers furent érigés en corps de métier, on leur avait permis d'écrire sur leur boutique: Céans on fait le poil proprement et on tient bains et étuves. Cette inscription, qui se bornait à indiquer leurs fonctions, ne tarda pas à leur paraître trop simple, et il semble qu'il y ait eu entre les artistes capillaires une sorte d'émulation pour inventer des enseignes plus dignes de l'esprit facétieux qu'on leur a accordé de tout temps. On ne sait au juste qui imagina le célèbre Demain on rasera gratis, dont le succès, attesté par de nombreuses variantes, a duré près de deux siècles; il y a une trentaine d'années on pouvait encore en voir quelques-unes, peintes en blanc sur une planche noire, entre un plat à barbe et des rasoirs en sautoir, dans plusieurs petites villes de province:
Ici demain
On rase et on frise pour rien.
On lit sur une pancarte, derrière la charge du député-coiffeur
Chauvin: «Demain on rase gratis.» (Pilori, 3 mars 1895.)
Menier, perruquier, Arrivant de Paris, Rase aujourd'hui pour de l'argent, Et demain pour rien.
Pierre Bois, Perruquier et auberge Rase aujourd'hui en payant et demain pour rien, Et on trempe la soupe.
Celle-ci qui désignait, de même que la suivante, un barbier restaurateur:
Par devant on rajeunit,
Par derrière on rafraîchit
était le développement d'une inscription: Ici on rajeunit, très usitée au siècle dernier.