Dans le pays de Vannes, le diable devint tailleur de pierre; sa coterie et lui avaient chacun une belle et grande pierre à tailler. Il était convenu que celui qui aurait fini sa tâche le premier aurait tout l'argent. Le tailleur de pierre donna au diable un marteau de bois, et il avait beau travailler, il n'avançait pas; le compagnon, muni d'une bonne pioche à la pointe d'acier, travaillait comme il voulait. Le diable, en voyant cela, jeta son marteau de bois dans un étang.

Voici, sur les tailleurs de pierre, une sorte de casse-tête mnémotechnique: «Je suis Pierre, fils de Pierre, fils du grand tailleur de pierre. Jamais Pierre, fils de Pierre, fils du grand tailleur de pierre, n'a si bien travaillé la pierre que Pierre, fils de Pierre, fils du grand tailleur de pierre qui a taillé la première pierre pour mettre sur le tombeau de saint Pierre.»

Dans le pays d'Antrain (Ille-et-Vilaine) l'usage s'est conservé de graver sur la tombe des maçons et des tailleurs de pierre des signes géométriques, qui sont l'emblème du métier.

[Illustration: Tailleur de pierre, d'après Bouchardon.]

LES MAÇONS

On donne quelquefois aux maçons le surnom de «compagnons de la truelle». «Limousin» est synonyme de maçon, parce que, à Paris, beaucoup d'ouvriers sont originaires de cette ancienne province.

Dans le Forez, le sobriquet des maçons habiles est «Jean fait tout, Jean bon à tout»; à Marseille, le mauvais maçon était appelé Pasto mortier, gâche mortier. Quand les maçons s'interpellent entre eux, ils se disent: «Ohé la coterie!»

En argot, leur auge est un «oiseau», parce qu'elle se perche sur l'épaule, comme un perroquet ou un volatile apprivoisé. À Nantes, ils donnent le nom de gagne-pain à un petit morceau de bois dont ils se servent pour prendre plus facilement le mortier dans la truelle.

L'apprenti maçon est un «voltigueur», parce qu'il voltige sur les échelles, ou un «chétif», titre que justifient les brimades dont ces jeunes gens sont l'objet. Un proverbe du XVe siècle dit, pour exprimer une chose pénible, que «mieux vauldroit servir les maçons». Un personnage de la Reconnue, comédie de Remy Belleau, s'exprime d'une manière analogue:

Plustost serois aide à maçon
Que de servir ces langoureux,
Ces advocaceaux amoureux,
Qui ne vendent que les fumées
De leurs parolles parfumées.