Dans le Bocage normand, lorsque la dernière pièce de la charpente a été posée, les ouvriers offrent à la femme du propriétaire une croix de bois ornée de rubans et d'une branche de laurier. Celui qui est chargé du présent lui fait un compliment, puis il invite le maître à le suivre pour placer la croix au faite de la maison et enfoncer l'une des chevilles qui assujettiront l'assemblage des poutres. En général, celui-ci décline cette invitation, et l'un des ouvriers le remplace; il leur remet une gratification.

[Illustration: Charpentiers au XVIe siècle, d'après Jost Amman.]

Le signe qui annonce la levée de la charpente est très répandu; actuellement, il consiste souvent en un drapeau placé sur le faite, un laurier ou un bouquet formé de diverses fleurs et entouré de rubans aux couleurs nationales. En Lorraine, les charpentiers et les maçons offrent au propriétaire un petit sapin orné de fleurs et de rubans, qui est ensuite mis sur le dernier chevron de la toiture. Partout il est d'usage «d'arroser» le bouquet, et c'est le propriétaire qui paye.

En Basse-Bretagne, on distribue aux ouvriers qui ont fini une construction le vin d'accomplissement, ainsi que le constate ce proverbe:

Ann heskenner hag ar c'halve A blij d'ezho fest ar' maout mae.

Scieur de long et charpentier—Aiment le festin du mouton
de mai.

Dans le Bocage normand, autrefois il y avait un véritable festin lors de la levée de la charpente, accompagné de coups de fusils de chasse et de danses; le lendemain la famille assistait à une messe.

On tirait des présages de certaines particularités qui se présentaient pendant la construction. D'après une croyance rapportée par Grimm, si, lorsque le charpentier enfonce le premier clou dans la charpente d'une maison, son marteau fait jaillir une étincelle, la maison sera brûlée. En d'autres pays d'Allemagne, c'est l'étincelle du dernier clou qui expose à ce malheur. Sur les côtes de la Baltique, si l'on voit briller une étincelle lorsqu'on frappe le premier coup sur la quille d'un navire en construction, à son premier voyage le navire se perdra.

En France, les charpentiers ont l'habitude de se faire un sac à outils avec une botte, dont le pied est enlevé et remplacé par une rondelle de cuir ou de bois qui forme le fond.

En Haute-Bretagne, ils ne doivent pas se passer leurs outils de la main à la main, dans la crainte que cette action n'amène entre eux une brouille. Je ne crois pas toutefois que cette superstition, qui existe aussi chez les couturières, soit générale dans le métier.