S'en vont scier d'la bruère (bruyère)
Pour faire des chevrons.

Des chevrons de bruère
Pour faire des maisons.

Le maire s'en fut les voir:
—Courage, mes enfants;

Vous aurez de l'ouvrage
Pour toutes les maisons (ter);

Il n'y a que l'petit Pierre,
Mais nous le marierons

Avec sa petite Jeannette
Qui travaille à son gré.

On ne peut guère ranger, parmi les traits véritablement satiriques, la Question tabarinique suivante, qui est plutôt une sorte de jeu d'esprit facétieux:

—Qui sont les mauvais artisans? La réponse faite par le bouffon est celle-ci: Les plus mauvais artisans sont les charpentiers et les menuisiers, parce que quand ils ont fait une besongne, bien qu'elle soit toute neufve et qu'on leur reporte, ils ne veulent jamais s'en servir. Par exemple si un charpentier a fait une potence, bien qu'elle n'ait servy qu'une fois, il ne la veut pas reprendre pour soy; le mesme en est d'un menuisier quand il fait une bière: au diable si jamais on luy voit reprendre.

Lorsque les charpentiers étaient employés à la construction des maisons, il était d'usage de les traiter avec certains égards; c'était un hommage rendu à leur habileté, qui avait aussi pour but de les encourager à faire de leur mieux ou de les empêcher de se livrer à des actes qui auraient pu être dangereux: En Cochinchine, un sortilège très redouté est celui qui consiste à enfoncer un clou dans une des colonnes de la maison. Il se pratique aussi dans la construction des bateaux: les affaires du propriétaire du bateau se mettent alors à décliner. Les charpentiers, qui ont toute facilité pour commettre ce méfait, sont très craints; aussi se donne-t-on garde, pendant la construction, de leur donner des motifs de mécontentement. Un dicton russe constate la croyance, qui n'est vraisemblablement pas isolée en Europe, d'après laquelle les charpentiers peuvent, au moyen de charmes, ensorceler la maison. Il y avait tout intérêt, pour ceux qui faisaient construire, à se mettre bien avec des gens investis de ce redoutable privilège.

C'est peut-être là l'origine de l'usage si répandu de leur faire des présents lorsqu'ils ont achevé les parties importantes de la maison; dans le gouvernement de Kazan, il y a pour eux une bouillie spéciale qui leur est offerte le jour où ils ont posé les solives du plafond. Ils se gardent bien d'ailleurs de laisser tomber en désuétude des coutumes qui leur sont agréables, et ils ont en plusieurs pays des façons plus ou moins ingénieuses de les rappeler à ceux qui seraient tentés de les oublier. En Franche-Comté, quand on place les deux principales colonnes, ils font intervenir adroitement le propriétaire dans un travail soi-disant difficile; son rôle est d'enfoncer à coups de marteau une cheville dans un trou trop petit. Pendant qu'il s'évertue en vain, les ouvriers comptent les coups frappés: chaque coup de marteau représente une bouteille, que le brave homme est obligé de payer sur-le-champ.