[Illustration: Couvreurs, d'après Couché (1802).]
LES CHARPENTIERS
La séparation en spécialités des industries du bois n'a dû guère s'opérer que vers le commencement du moyen âge; jusque-là il est vraisemblable que la plupart des ouvriers connaissaient l'ensemble du métier, et que ceux qui faisaient les charpentes savaient aussi fabriquer les chariots, les tonneaux et tout ce qui est maintenant du ressort de la menuiserie, comme cela a lieu encore en diverses contrées, et même en France dans les campagnes. Ainsi les Anglo-Saxons appelaient le charpentier wright, c'est-à-dire l'artisan, le faiseur, terme qui montre l'importance qu'avait alors son art, et l'étendue des services qu'on lui demandait. Tout objet fait de bois, dit l'Histoire de la Caricature, rentrait dans ses attributions. Le Colloque de l'archevêque Alfric met en présence les artisans les plus utiles qui discutent sur la valeur relative de leurs divers métiers, et le charpentier dit aux autres: «Qui de vous peut se passer de moi, puisque je fais des maisons et toutes sortes de vases et de navires!» Jean de Garlande nous apprend que le charpentier, entre autres choses, fabriquait des tonneaux, des cuves et des barriques. À cette époque, où le bois et les métaux étaient par excellence les matériaux sur lesquels s'exerçait le travail de la main, l'ouvrier qui mettait en oeuvre le bois passait avant le forgeron lui-même. Les constructions en pierre étaient beaucoup plus rares que de nos jours, et le bois formait, comme maintenant encore en plusieurs pays de l'Europe, la matière la plus employée, même pour l'extérieur, dont souvent, dans les maisons particulières, le soubassement seul était en pierres.
Il semble que le Livre des Métiers a été rédigé peu de temps après la répartition entre un certain nombre d'ouvriers spéciaux d'une partie de ce qui rentrait autrefois dans la charpenterie. Sous le titre unique de charpentiers sont réunis tous ceux qui «euvrent du trenchent en merrien», c'est-à-dire qui travaillent le bois avec des outils. Les catégories sont nombreuses; on en compte dix: les Charpentiers grossiers, les Huchiers faiseurs de huches ou de coffres (Bahutiers), les Huissiers faiseurs de huis ou de portes, les Tonneliers, Charrons, Charretiers, Couvreurs de maisons, les Cochetiers faiseurs de bateaux, les Tourneurs et les Lambrisseurs. Au XIVe siècle, le principal instrument des charpentiers était la grande cognée à lame droite, et on les appelait charpentiers de la grande cognée pour les distinguer des charpentiers de la petite cognée ou menuisiers.
De nos jours, le métier figure parmi les plus estimés: en
Basse-Bretagne, les charpentiers et les charrons sont au premier
rang des ouvriers. Il en est de même à peu près dans toute la
France.
En Russie, pays où la plupart des maisons sont en bois, plusieurs proverbes sont à leur louange:
—Le noble est comme le charpentier, il fait ce qu'il veut.
—Le juge est comme le charpentier, il peut faire tout ce qu'il veut.
Il est rare qu'ils soient l'objet de dictons moqueurs: tout au plus peut-on constater qu'on les blasonne assez légèrement, comme dans la chanson du garçon charpentier, populaire en Ille-et-Vilaine:
Est-il rien de si drôle,
Parfanière, pertinguette et congreu,
Qu'un garçon charpentier? (ter)