Chaudronnier, chaudron, chaudronnier!
Qui veult ses poeles reffaire?
Il est heure d'aller crier
Chaudron, chaudronnier!
Seigneur je suis si bon ouvrier
Que pour un trou je sçay deulx faire.

Dans la Farce nouvelle, une dispute a lieu entre un savetier et un chaudronnier, le savetier lui dit:

Tu faictz pour ung trou deux,
Et pour ce tu as tant de plet.

Ce dicton se retrouve en Angleterre:

Like Banbury tinkers who in stropping one hole make two Comme les chaudronniers de Banbury qui, en bouchant un trou, en font deux.

Les chaudronniers sédentaires ont moins que les ambulants, dont ils diffèrent d'ailleurs, attiré l'attention populaire.

En Normandie, ou blasonnait toutefois les habitants de Villedieu; ils sont appelés Sourdins, à cause de la dinanderie qu'ils fabriquent; car tout le monde en cette petite ville travaille à fondre ou à battre le cuivre, ce qui fait un tintamarre si continuel, qu'un grand nombre parmi eux deviennent sourds; d'où leur est venu le nom de Sourdins. Aussi, n'est-il pas très sûr d'aller dans quelque atelier demander l'heure qu'il est, sans courir le risque de recevoir quelque mauvais compliment, ou quelque chose de pire, car ils jettent, assurait-on jadis, le marteau à la tête. D'après un ancien auteur, Charles de Bourgueville, les habitants de Villedieu «qui sont poesliers ou magnants, sont bien faschez quand on leur demande quelle heure il soit, parce qu'ils ne peuvent ouyr l'horloge pour le bruit qu'ils font».

En Belgique, le jour Saint-Gilles, les apprentis chaudronniers se promenaient par la ville: l'un d'eux s'était coiffé d'une sorte de shako surmonté d'un panache, tandis que l'autre portait sur une espèce d'estrade, soutenue par un long manche, la statue du saint, entourée de fleurs; de l'estrade pendaient des cuillers, des pots et autres menus ustensiles. Ils allaient demander un pourboire chez les clients.

Au moyen âge, le chaudronnier avait assez d'importance pour que les règlements, royaux ou féodaux, se soient occupés de lui dans des articles spéciaux. Grosley a donné dans ses Éphémérides troyennes un extrait de la Pancarte du droit de péage du canton de Lesmont, qui leur accorde une sorte de privilège en raison peut-être de leur pauvreté:

Art. XXIII.—Un chaudronnier, passant avec ses chaudrons, doit deux deniers, si mieux n'aime dire un Pater et un Ave devant la porte dudit sieur comte de Lesmont ou son fermier.