On trouve, dès le moyen âge, une série de sujets dans lesquels le rôle de l'homme à l'égard des animaux est interverti, de manière que la victime commande à son tour à son persécuteur. Ce changement de position était appelé, dans le vieux français, le Monde bestourné; il forme, dit Wright, le sujet de vers assez anciens, et la peinture l'a exploité à une date reculée. L'imagerie populaire s'en est aussi emparée. Un des compartiments du Monde à rebours, estampe du XVIIe siècle, représente un boeuf dépeçant un boucher (p. 31). Dans un livre populaire anglais, qui était déjà imprimé en 1790, on voit un boeuf qui tue un boucher.

[Illustration]

SOURCES

Revue des Traditions populaires, VIII, 591; IX, 195, 217, 233.—Timbs, Things generally not known, I, 175.—La Bédollière, Les Industriels, 83, 85.—E. Rolland, Faune populaire. V, 67.—Jacques de Vitry, Exempla, 70 (éd. de Folk-Lore Society).—E. Monteil, l'Industrie française. I, 92, 243.—De Lamare, Traité de la police, III, 85, 86.—Legrand d'Aussy, Vie privée des Français, I, 307.—Assier, Légendes de la Champagne, 47, 48.—Vinçard, Les Ouvriers de Paris, 131, 157.—Desmaze, Curiosités des anciennes justices, 313.—Ant. Caillot, Vie publique des Français, II, 212, 218.—Souvenirs à l'usage des habitants de Douai (1822), 548.—Autrefois (1842), 150.—Blavignac, Histoire des enseignes, 143.—F. Arnaud, Voyage pittoresque dans l'Aube, 102.—Communication de M. Charles Fichot.—Laisnel de la Salle, Légendes du Centre, I, 30.—Moiset, Croyances de l'Yonne, 17.—Jacob, Curiosités de l'histoire des Croyances populaires, 135.—Reinsberg-Düringsfeld, Traditions de la Belgique, I, 155; II, 120.—Quernest, Notices sur Lamballe, 42.—Folk-Lore Journal, V, 110, 111.—Gérard de Nerval, Les filles du feu, 160.—Reinsberg-Düringsfeld. Sprichwörter.—Sauvé Lavarou koz.—Leroux, Dictionnaire comique.—Tuet, Matinées senonoises.—Wright, Histoire de la Caricature, 107.

[Illustration: Le boucher, d'après les Arts et Métiers.]

LES FILEUSES

Naguère encore, pour exprimer l'ancienneté d'une chose ou son invraisemblance, on disait assez couramment qu'elle s'était passée à l'époque où les rois épousaient des bergères, ou

Du temps que la reine Berthe filait.

Ce dicton, qui a son parallèle en Italie, était vraisemblablement né d'une confusion qui s'était établie entre plusieurs personnages: la mère de Charlemagne, la reine qui, d'après une ancienne charte indiquée par le Dictionnaire de Trévoux, filait pour orner les églises, l'héroïne du roman de Berthe aux grands pieds, et une sorte de fée filandière, nommée Bertha en Italie, Berchta en Allemagne, et restée surtout populaire en ce dernier pays.

Il constatait que l'art de filer figurait autrefois au premier rang des attributions de la femme, quel que fût son rang.