Dans un conte mongol, un pauvre tisserand de l'Inde se présente devant le roi et lui demande sa fille en mariage. Le roi, par plaisanterie, dit à la princesse de l'épouser. Celle-ci déclare qu'elle ne se mariera qu'à un homme qui sache faire des bottes avec de la soie. Des bottes du tisserand, à la surprise de tout le monde, on tire de la soie. Pour se débarrasser de lui, on l'envoie contre un prince qui venait pour ravager le royaume. Le tisserand est emporté par son cheval dans un bois, s'accroche à un arbre qu'il déracine, et massacre les ennemis. Après d'autres épreuves, il épouse la princesse.
Chez les musulmans de l'est de l'Inde, un tisserand devient par ruse le mari d'une princesse; quelque temps après le mariage, elle témoigne le désir de voir, du haut de son balcon, jouer à un jeu qui consiste à simuler un échiquier, où les pièces sont des hommes qui se déplacent suivant l'ordre qu'on leur donne. Le tisserand, qui n'avait jamais vu ce jeu, s'écria: «Sotte femme, au lieu de ce jeu, je préférerais tisser du ruban.» La princesse, à partir de ce moment, refusa de voir son mari, qui finit par retourner à son ancien métier.
Les contes parlent aussi d'êtres surnaturels qui viennent tisser de la toile: en Haute-Bretagne, les Margot-la-Fée, qui étaient aussi habiles en chaque métier que les meilleurs ouvriers, entrent chez un tisserand et s'amusent à achever une pièce de toile, puis elles défont leur ouvrage, parce que la fée, leur supérieure, y découvre un petit défaut. Elles viennent plusieurs nuits, et chaque fois la même chose arrive. Le tisserand ayant terminé sa tâche, met une autre pièce sur le métier, et lorsque la nuit suivante les Margot l'ont achevée et qu'elles demandent si elle est bien, le tisserand dit oui, en contrefaisant la voix de la fée, et celles-ci la lui laissent achevée.
En Normandie, un diable ou lutin entreprend de faire la toile d'une vieille femme, à la condition qu'elle lui dira son nom. Un soir qu'elle ramassait des bûchettes dans le bois, elle entend comme le bruit d'un toilier qui faisait taquer son métier en criant:
Cllin, cllas, cllin, cllas!
La bonne femme qui est là-bas,
Si o savait que j'eusse nom Rindon,
O (Elle) n'serait pas si gênée.
Quand le lutin vient rapporter sa toile, elle lui dit son nom et elle peut la garder. En Haute-Bretagne, ce conte est aussi populaire, à la différence que le petit bonhomme s'appelle Grignon et qu'il tisse dans un trou de taupe.
En Picardie, c'est le diable lui-même, sous la forme d'un nain habillé de vert, qui vient au secours d'un tisserand embarrassé, et commande que sa toile soit achevée en un instant; si, au bout de trois jours, il n'a pas su lui dire son nom, il viendra prendre son âme; la marraine du tisserand, qui était fée, lui dit d'aller se cacher dans le bois et d'écouter. Il entend un grand diable qui se balance en disant:
Dick et Don,
C'est mon nom.
Dans un conte irlandais, une veuve avait fait accroire au fils du roi que sa fille filait trois livres de lin le premier jour, les tissait le second et le troisième en faisait des chemises; le prince l'emmène chez lui, en disant que si elle est aussi habile qu'on le dit, il l'épousera: le premier jour, à l'aide d'une petite vieille aux pieds énormes, elle accomplit sa tâche; quand il s'agit de tisser, elle ne sait que faire et se désole, quand paraît une petite vieille toute déhanchée qui lui promet de tisser pendant son sommeil les trois livres de lin, à la condition qu'elle sera invitée au mariage. Le jour des noces, la vieille Cronmanmor arrive et la reine lui demande pourquoi elle était ainsi déhanchée: «C'est, répondit la vieille, parce que je reste toujours assise à mon métier.» Le prince dit que, désormais sa femme n'y restera pas une seule heure.
Grimm a recueilli un récit dans lequel un fils de roi est parti pour chercher une femme qui serait à la fois la plus pauvre et la plus riche. Il vient à passer devant une chaumière où une fille filait: celle-ci, auquel le prince a plu, se rappelle un vieux refrain qu'elle avait entendu dire à sa vieille marraine: