Cours, fuseau, et que rien ne t'arrête,
Conduis ici mon bien-aimé.

Le fuseau s'élance et court à travers champs, laissant derrière lui un fil d'or; il va jusqu'au prince, qui retourne sur ses pas. La jeune fille, n'ayant plus de fuseau, avait pris sa navette et travaillait en chantant:

Cours après lui, ma chère navette,
Ramène-moi mon fiancé.

La navette s'échappe de ses mains, et, à partir du seuil, se met à tisser un tapis, plus beau que tout ce qu'on avait jamais vu. L'aiguille de la jeune fille s'échappe également de ses doigts quand elle a chanté:

Il va venir, chère aiguillette,
Que tout ici soit préparé.

La table et les chaises se couvrent de tapis verts, les chaises s'habillent de velours et les murs d'une tenture de soie. Quand le prince arrive, il voit au milieu de cette belle chambre la jeune fille, toujours vêtue de ses pauvres habits, et il s'écrie: «Viens, tu es bien la plus pauvre et la plus riche; viens, tu seras ma femme!»

Il y avait en Gascogne un tisserand, fainéant comme un chien; jamais on n'entendait le bruit de son métier; pourtant il n'avait pas son pareil pour tisser et pour remettre, au jour marqué, autant de fine et bonne toile qu'on lui en avait commandé. Sa femme elle-même ne savait comment cela pouvait se faire, même au bout de sept ans de mariage. Un jour elle le voit cacher quelque chose au pied d'un arbre; c'était une noix, grosse comme un oeuf de dinde, d'où l'on entendait crier: «Ouvre la noix! où est l'ouvrage?» Il en sort treize mouches; c'étaient elles qui faisaient la toile du tisserand.

[Illustration: Tisseuse, d'après Holbein, dans l'Éloge de la folie, d'Érasme. L'encadrement, plus moderne, est fait à l'aide d'une gravure allemande du siècle dernier.]

Dans un conte ardennais, dont certaines parties rappellent la Belle et la Bête, un marchand de toile, qui avait une fille, la plus belle qu'on eût su voir, revenant chez lui après avoir vendu sa provision de toile, s'égare la nuit dans une forêt, et finit par arriver dans un château où il voit une table bien servie, mais nulle âme vivante. Il mange, puis va se coucher dans un beau lit. Au milieu de la nuit, une voix l'appelle. C'est celle d'un chien d'or qui dormait sous le lit, et qui lui dit qu'il a juré que celui qui mangerait à sa table lui donnerait sa fille ou qu'il mourrait. De retour chez lui, il demande à sa fille si elle veut épouser le chien d'or. Mais elle s'y refuse, et propose à la fille d'un marchand de pelles à four d'aller à sa place; elle accepte, et est bien accueillie par le chien d'or, jusqu'au jour où, se promenant dans la forêt, elle s'écrie:—Oh! les beaux hêtres! si papa était là, qu'il serait content de les voir!—Pourquoi? demande le chien d'or.—Parce que papa est marchand de pelles à four. Le chien d'or la renvoie, et la fille persuade à une vachère de la remplacer. La substitution est aussi découverte par l'exclamation qu'elle pousse en voyant de belles vaches. La fille du marchand de toiles finit par se décider à se rendre au château. Le chien d'or la promène dans les chambres et, quand on arrive à l'une d'elles, qui était toute remplie de belles pièces de toile, elle s'écrie:—Si papa était là, qu'il serait aise de les voir! Le chien est alors certain que c'est bien la fille qu'il voulait qui est venue à son château. La métamorphose du chien cesse quand la jeune fille a consenti à l'épouser, et il redevient un jeune prince, beau comme le jour.

LES OUVRIÈRES EN GAZE