Un jour que son attelage, suant et soufflant, transportait la plus grosse pierre dont on l'eût encore chargé, il entendit, en passant devant le village de la Perchère, une voix céleste qui lui criait que l'église était achevée, et qu'on n'avait plus besoin de matériaux. Pierre Morin saisit la pierre d'une main, et la lança sur le pâtis où elle est encore. Sa main s'enfonça dans la roche comme dans un bloc d'argile, et y laissa une empreinte ineffaçable.
(P. Bézier. Supplément, p. 87).
XVIII
Le grès saint Méen
À la lisière de la forêt de Talensac, près du hameau de la Chapelle-ès-Oresve, se trouve un bloc de schiste ferrugineux ayant la forme d'un affiloir. Sa face supérieure porte un certain nombre de perforations cylindriques et de rayures transversales incontestablement dues à l'industrie humaine. Les rayures sont analogues à celles que l'on obtiendrait en frappant vigoureusement, du tranchant d'une forte hache, et perpendiculairement à la direction des feuillets, la surface d'une masse schisteuse. On dit dans le pays que les gravures dont cette pierre est ornée sont dues à saint Méen, qui était charpentier et aiguisait ses outils sur cette roche.
Statue de saint Méen,
église de Paimpont
xve siècle.
Un jour saint Méen, après avoir aiguisé sa hache sur son grès, et l'avoir balancée dans l'espace, dit:
Où ma hache tombera
Méen bâtira.