Son exemple a été suivi par les autres veuves de cette paroisse qui, à ce qu'on assure, ne se remarient jamais. Les corbeaux quittèrent depuis lors Landebia, et si par hasard, il en passe quelques-uns, on ne les voit jamais endommager la récolte; c'est depuis ce temps qu'on dit en proverbe:

À Landebia jamais
Veuve ne s'est remariée,
Ni corbeau n'a gratté.

Ou bien:

Jamais corbeau ne grattera,
Ni veuve ne remariera
Dans la commune de Landebia.

(Recueilli en 1893, par M. F. Marquer).

M. l'abbé Fouéré-Macé, recteur de Léhon, ancien vicaire à Saint-Pôtan, paroisse voisine de Landebia, me communique la note suivante: la tradition rapporte qu'un jour saint Guillaume, qui est devenu évêque de Saint-Brieuc, arrivant à Landebia, rencontra dans son chemin le petit enfant d'une veuve, qui avait les larmes aux yeux; le saint lui demanda le sujet de son chagrin; l'enfant répondit dans son naïf langage: «Maman veut se remarier; elle est à dire des contes à son amoureux. Pendant ce temps, elle m'envoie garder les corneilles qui défont notre blé nouvellement ensemencé.» Saint Guillaume lui dit: «Mon enfant, ne pleure pas, va trouver ta mère; moi, je vais garder pour toi. Elle va t'embrasser tendrement dès qu'elle va te voir et congédier son galant; car jamais veuve de Landebia ne s'y remariera, mais aussi jamais dans le champ de blé, corneille dégât ne fera.»

Cette prédiction de saint Guillaume s'est réalisée: depuis un temps immémorial aucune veuve ne s'est remariée; les plus vieux registres, lus attentivement pour vérifier ce fait, en font foi. On remarque aussi que les corneilles ne ravagent jamais les blés récemment confiés à la terre.

Dans mes Traditions et superstitions de la Haute-Bretagne, t. II, p. 168, j'avais parlé de la croyance d'après laquelle les corbeaux ne ravagent pas les récoltes de Landebia; suivant le fragment de légende qui l'accompagnait, c'était à la veuve qui voulait se remarier qu'il était arrivé malheur.

LVIII

Le fossé de saint Aaron