Une demi-enceinte, formée par un talus angulaire, sur la lande de Bruc, est appelée fossé de saint Aaron. Quel était ce saint, dont la légende raconte les premières années? Petit enfant, il faisait paître ses brebis en ce lieu, et c'était pour les protéger contre le loup qu'il avait tracé merveilleusement cette sorte d'enceinte au milieu des bruyères.

Naguère on allait fréquemment en pèlerinage aux pieds de la statue de saint Aaron placée dans la chapelle du très vieux manoir de Noyal en Sixt. Aujourd'hui cette chapelle tombe en ruines et l'on n'y voit plus la statue du saint, mais sa mémoire est toujours vénérée dans la paroisse de Bruc.

(Guillotin de Corson, Statistique de l'arrondissement de Redon et récits historiques, légendes de la Haute-Bretagne, p. 200).

M. Guillotin de Corson ajoute: nous ne connaissons en Bretagne qu'un saint Aaron; c'est le pieux solitaire que saint Malo rencontra sur le bord de la mer en débarquant dans notre pays; d'après les Bollandistes, ce saint était armoricain; pourquoi Bruc ne serait-il pas le lieu de naissance, inconnu des savants, de ce bienheureux?

Il y a dans les Côtes-du-Nord une commune qui s'appelle Saint-Aaron; on y croyait autrefois que si on donnait à un enfant le nom du patron de la paroisse, il ne vivrait pas. Il y a des chapelles dédiées à ce saint à Pleumeur-Gautier et à Saint-Malo.

LIX

Saint Jugon

Un enfant était né au village de Haudiard en La Gacilly. C'était le fils d'une pauvre veuve. Sa mère était tout pour lui après Dieu. À l'âge où l'on envoie les enfants garder les troupeaux, le petit Jugon cultivait déjà son jardin et son champ avec un tel succès, qu'il en tirait un produit plus grand que ne faisaient ses voisins d'un terrain quatre fois plus étendu. Quand il avait labouré, Jugon allait sur les landes de Sigré et de Mabio garder et faire paître son pauvre troupeau, quelques chétifs moutons et une bonne vache nourricière, la compagne de son enfance; aussi aimait-il sa bonne brune, et sa brune l'aimait-elle à son tour.