De Redon à son embouchure, la Vilaine se couvre à certains moments et surtout à la suite des tempêtes, d'un large ruban d'écume qui occupe tout le milieu de son lit et se dirige avec le flot vers l'amont de la rivière. Les habitants de Rieux voient ce phénomène avec une sorte de terreur, car ce ruban d'écume est, disent-ils, le chemin de saint Jacques. Ce grand saint remontait la Vilaine en marchant sur les eaux; il était fatigué et voulait s'arrêter à Rieux qui était une grande ville; mais cette ville était pleine de huguenots, et ces mécréants ne permirent point à saint Jacques de se reposer sur ce bord inhospitalier. Le saint, irrité, s'écria d'un ton prophétique: «Ô ville de Rieux! tu seras détruite!» et, continuant sa route, il alla fonder la ville de Redon.

Ce fut, ajoute-t-on, pour apaiser saint Jacques et détourner le mauvais présage qu'on lui éleva la petite chapelle qui porte son nom.

(Cayot-Delandre, l. c. p. 276).

LXI

Saint Guillaume et le Chemin-Chaussée

Guillaume Pinchon venait voir des parents qu'il avait dans les environs du Chemin-Chaussée. Il faisait chaud, et, se trouvant altéré, il entra dans un cabaret pour s'y rafraîchir, après quoi il donna sa bénédiction à l'hôte, et se disposa à sortir. «De l'argent, lui dit cet homme intraitable; je veux de l'argent.» Guillaume n'en ayant pas, on saisit son bréviaire.

Le saint continua sa route et alla coucher à l'Hôtellerie de l'Abraham, où l'on eut pour lui toutes sortes d'égard. On les poussa au point de lui remettre, avant son départ, le bréviaire qu'on avait été dégager et prendre au Chemin-Chaussée. Avant de sortir de l'Abraham, Guillaume proféra ces paroles, dont on y garde le souvenir:

«Quiconque habitera l'Abraham y vivra à l'aise, pourvu qu'il soit sobre et laborieux. Quant au Chemin-Chaussée, jamais il ne prendra d'accroissement, et a mesure qu'on y bâtira une maison, il en tombera une autre.» Cette prédiction, disent les habitants, s'est réalisée jusqu'à ce jour.

(Habasque, Notions historiques, t. II, p. 91).