Il existe une courte légende dont le récit a souvent charmé mon enfance et qui a rapport à la ville de Rieux.

Rieux, me disait ma mère, était autrefois une cité importante quand Redon n'était qu'un village; mais les habitants de la ville étaient durs et inhospitaliers, tandis que ceux du petit village étaient doux et compatissants.

Un jour saint Sauveur, sous la figure d'un enfant demi-nu, abandonné dans une nacelle, aborda sous les murs du château de Rieux, où plusieurs femmes lavaient du linge. L'enfant, d'une voix pleine de larmes, les supplia de le recueillir, ou de lui donner du pain pour apaiser sa faim, et quelques linges pour se couvrir.

Les laveuses, sans pitié, repoussèrent la nacelle que la marée montante porta jusqu'au village de Redon, où d'autres laveuses plus humaines accueillirent le petit suppliant, qu'elles nourrirent, réchauffèrent et vêtirent. Saint Sauveur, touché des soins et des bontés des Redonnais, leur prédit que chaque jour leur village s'enrichirait, tandis que Rieux s'appauvrirait. «Vois, me disait ma mère, combien la noble seigneurie est déchue et combien le pauvre village a grandi et prospéré. Aussi les habitants de Redon, reconnaissants envers saint Sauveur, ont bâti une bien belle église, qu'ils lui ont dédiée».

(Cayot-Delandre, Le Morbihan, p. 276.)

Cette version, est, croyons-nous, la première en date qui ait été écrite. Cayot-Delandre la tenait d'un de ses amis dont il reproduit la lettre, où elle est, dit-il, rapportée avec toute la naïve simplicité qu'on mettait à la lui raconter dans ses premières années. Dans ce récit, qui se rattache à fondation de Saint-Sauveur de Redon, l'enfant est un saint, ou plutôt un des qualificatifs de Jésus-Christ, dont on a fait une entité. Dans la légende racontée sous une forme littéraire dans le Conteur breton, 2e année, p. 213, c'est Jésus-Christ lui-même, qui après avoir prédit l'appauvrissement de Rieux et la prospérité de Redon, disparaît.

Voici en résumé le récit de Fouquet: Légendes du Morbihan, p. 19-20.

Des lavandières de Rieux, qui était alors une grande ville, refusent tout secours à un enfant qui était dans une barque qui venait de s'échouer; la marée la reporte à Redon où des laveuses compatissantes le soignent. L'enfant grandit, c'est Jésus-Christ qui dit: «Rieux s'appauvrira tous les jours d'un sou, et chaque jour Redon s'enrichira d'un sou.»

D'après les Notes sur la châtellenie de la Touche en Frégéac, imprimées à Cherbourg en 1861, le bateau resta suspendu sous l'orgue de Saint Sauveur jusqu'à l'incendie de 1787.

On raconte encore une autre légende: