C'est à une punition céleste que les gars de Saint-Servant dans le canton de Josselin, doivent d'être privés de leurs sietons, racontent ceux de Campénéac et des paroisses voisines. Quand saint Gobrien, qui a sa chapelle dans la paroisse de Saint-Servant, quitta Vannes pour venir évangéliser le pays, les gens de Saint-Servant le virent arriver d'un mauvais œil, comme cela a lieu souvent pour tout hors venu qui se mêle de déranger les vieilles habitudes de chacun. Mais ce fut le comble, lorsque le saint manifesta son intention de bâtir une chapelle (qui lui fut consacrée depuis), dans l'un des plus frais vallons de la paroisse.
Statue de saint
Gobrien à l'intérieur
de la chapelle
à Saint-Servan:
elle forme le
couronnement
d'un contrefort. Aussitôt, chacun de crier et répéter partout qu'en construisant un nouvel édifice, le pieux évêque voulait réduire à rien leur ancien bourg, dont les habitants, ne voyant plus venir la même quantité de monde à l'office de leur église, seraient bientôt réduits à la mendicité. Ils résolurent donc de s'en venger, et un jour que le saint évêque était occupé à charroyer de la pierre pour la construction de sa chapelle, ils profitèrent de ce que, accablé par la chaleur du jour, il avait mis quelques instants ses bœufs à se reposer à l'ombre et s'était endormi à côté d'eux, pour lui jouer un mauvais tour. S'approchant en sourdine des pauvres animaux, avec leurs faulx à la main, ils tranchèrent d'un seul coup les fesses des bœufs de saint Gobrien. Mais le saint fut réveillé aussitôt par les mugissements de son attelage, et, indigné de la méchanceté d'un peuple auquel il ne voulait que du bien, il montra aux coupables l'iniquité de leur action et leur prédit que la Providence à sa prière priverait à l'avenir tous les descendants des paroissiens de Saint-Servant de la partie du corps qu'ils avaient voulu retrancher à ses bœufs. Saint Gobrien remit alors en place le fessier à ses animaux, mais depuis ce temps, tous les Servantais durent se passer du leur.
(Raconté en février 1894 par un paysan de Campénéac, et recueilli par le marquis Régis de l'Estourbeillon, «Revue des Traditions populaires», t. IX, p, 401).
Fouquet, Légendes du Morbihan, p. 67-68, raconte que saint Gobrien, chassé de Vannes, alla dans un pays écarté, mais que personne ne voulut l'aider à construire son ermitage; il fabriqua une charrue, à laquelle il attela un bœuf; mais un jour que le saint était en prière, les paysans enlevèrent un morceau de chair à la cuisse du bœuf. Le saint demanda vengeance, et les habitants de ce lieu, eurent, comme le bœuf, une plaie au même endroit et, si l'on en croit la légende, leurs descendants ont un côté moins formé que l'autre.
Cayot-Delandre dit que dans une petite chapelle, au village de Saint-Gobrien se trouve le tombeau du saint; une ancienne fresque peinte sur le mur et maladroitement retouchée et rajeunie représente un chariot rempli de malades auxquels le saint donne sa bénédiction. Ces malades seraient les Vannetais qui, après avoir chassé leur pasteur, furent accablés de maux et vinrent lui demander pardon et guérison.
Saint Gobrien, évêque de Vannes, VIIe siècle, que le calendrier breton place le 3, 11 ou 16 novembre est le patron de Morieux et de Rohan; il a des chapelles à Camors, Mordelles, Saint-Servant, etc.
LXVI
La malédiction de saint Guyomard