Lorsque les gens de Sérent voulurent choisir saint Guyomard pour leur patron, il n'obtint pas, tant s'en faut, l'unanimité des suffrages, et les habitants du village de Botqueret entre autres s'opposèrent énergiquement au choix qu'on en voulait faire et dirent de lui pis que pendre. Aussi, après son élection, le saint se vengea en lançant sur eux cette malédiction:
Tant que Botqueret sera
Borgne ou boiteux y aura.
(Fouquet, Légendes du Morbihan, p. 50.)
Saint-Guyomard est le nom d'une paroisse du Morbihan, formée d'une trêve de Sérent.
LXVII
Saint Quay et les femmes curieuses
Saint Quai avait été faire son tour du monde du côté de Jérusalem, si bien qu'en passant, au retour, du côté de Lanvollon, il avait des ampoules tout plein ses pauvres pieds; le temps était chaud en diable, et quand le voyageur, qui était né natif de Plouba, arriva en vue de la mer, il avait une soif, une soif à vider un puits, s'il y en avait eu un par là.
Un peu plus loin, sur la côte, saint Quay aperçut un village et mit le cap dessus. Il y avait là sur le placis, huit ou dix femmes en train de baliverner, et le bonhomme leur demanda à boire. Faut vous dire que le vieux pèlerin avait une barbe rousse de trois pieds de long, et une figure jaune et maigre à faire peur; pas bonne mine du tout. En sus, vu le jeûne et les ampoules, il donnait de la bande comme un particulier qu'aurait pris plus d'un quart de vin à la cambuse.
—Et que tu vas filer, vieux gabelou! lui dit une commère qui tenait un balai vert à la main.
—Oh! que j'ai soif! dit saint Quay.