—Tiens, voilà la mer, dit une autre, tu peux aller boire à ton aise....

Alors le bonhomme se mit à genoux; il enfonça son petit doigt, comme un fiferlin, dans le milieu d'une roche; et aussitôt voilà qu'une belle source se mit à couler, et saint Quay de boire, de boire à sa soif, et puis les femmes de regarder la chose avec un tremblement de stupéfaction, que cela leur parut louche en diable, si bien se qu'elles mirent à crier toutes à la fois:

—C'est un sorcier, c'est un sorcier! à l'eau, le renégat!

—Oui, à l'eau, le Bédouin! mais faut le fouetter avant, et de la bonne façon.

Là-dessus, elles jetèrent le grappin sur le pauvre bonhomme échoué sur le sable comme un cancre, et, ma foi, elles le mirent sans dessus dessous et te lui flanquèrent une ration de filin, ou plutôt de genêt vert, que cela devait lui cuire après, naturellement parlant...

Quand les commères furent lassées de jouer du balai et de rire, voyant que le pauvre fatigué pouvait à peine virer sur sa quille, deux ou trois effrontées s'en allèrent prendre une vieille maie à pâte, on y plaça le bonhomme, et toutes les femmes se mirent à la manœuvre pour lancer à la mer ce navire d'un genre nouveau.

La falaise était très haute à cet endroit; n'importe, la maie et son matelot tombèrent d'aplomb sur la mer.

—Que le diable te conduise! dit une méchante harpie, en se penchant sur la falaise, pour voir si l'embarcation n'allait pas sombrer, et toutes les autres, tendant aussi le cou à gauche, se mirent à regarder.

Mais le petit canot filait tranquillement, avec bonne brise, et vent arrière, tandis que les commères regardaient toujours, le cou tendu comme une chaîne de cabestan.

À la fin pourtant, deux ou trois se retournèrent, éclatèrent de rire en considérant les autres.