—Voyez donc, voyez donc, mes amies, comme leur cou est devenu long!

—Oh! voyez donc, voyez donc, ripostaient celles-ci, en riant à se tordre, comme leur tête est de travers: elles ont attrapé le torticolis, pour sûr.

Naturellement tout ce branle-bas de combat avait attiré toutes les commères du pays. Les curieuses tendaient un cou demesuré pour voir, et aussitôt tous les cous des bonnes femmes s'allongeaient, s'allongeaient et restaient virés à gauche...

Depuis cette fameuse aventure les femmes du pays ont conservé le cou long et de travers. Si vous ne voulez pas le croire, allez-y voir. Et l'on dit en outre, que le genêt ne pousse plus dans la contrée, sans doute parce qu'il fut employé, contre le pauvre saint Quay, au mauvais usage que vous savez.

(Du Laurens de la Barre, Nouveaux Fantômes bretons, p. 37-46).

À partir de cet endroit, un conte de bord se greffe sur la légende: une chaloupe noire accoste le petit canot où est saint Quay, et un grand matelot, qui n'était autre que le diable, le prend avec une fourche et le hisse à bord; il lui propose un pacte, saint Quay refuse de le signer, se met en oraison et la pluie tombe; saint Quay la recueille dans son chapeau à trois cornes, la bénit et en asperge le diable et la chaloupe qui disparaît: saint Quay reste seul dans son petit risque-tout, et vient tranquillement aborder à la côte.

Bien que Du Laurens de la Barre eût l'habitude de prendre du grandes libertés à l'égard des récits populaires, j'ai donné place à celui-ci, parce qu'il réunit des éléments que l'on retrouve dans la tradition. Voici une autre légende que rapporte B. Jollivet, Les Côtes-du-Nord, t. I, p. 107.

La grève des Fontaines en Saint-Quay tire son nom de plusieurs sources d'eau douce qui jaillissent de la falaise. C'est là, d'après la légende, que débarqua saint Quay. Les habitants l'accueillirent très mal et voulurent le chasser à coups de genêt: aussi depuis cette époque, cette plante a cessé de croître dans la commune.

Un homme d'armes étant venu le sommer de la part du seigneur de la Ville-Mario, de s'éloigner, le saint répondit qu'il était prêt à obéir, à la condition qu'on lui rendît son bâton qu'il avait planté dans la falaise, à l'endroit d'où jaillit la première source. Mais le bâton, quelque effort qu'on fit, ne put être arraché. Saint Quay demeura donc et ses compagnons se répandirent aussitôt dans la contrée pour y prêcher la foi.

Le Dr Paul Aubry me communique la note suivante qui se rattache à l'un des traits rapportés par Du Laurens.