Saint Quay était sur une des plages de la commune qui porte aujourd'hui son nom. Là il se trouvait en butte aux avanies des infidèles. Un groupe de femmes prenait grand plaisir à suivre les péripéties de ce drame, qui se passait tout à fait au pied de la falaise. Pour le voir, quoique sur le bord du précipice, elles étaient encore obligées d'allonger le cou. Ce que voyant saint Quay, qui, en cela tout au moins, semble n'avoir pas été d'une grande charité chrétienne, leur dit: «En punition de ce que vous faites aujourd'hui, votre cou restera toujours allongé, il en sera de même de vos filles.»

La Vie des saints de Bretagne ne contient aucun de ces deux épisodes; elle fait saint Ké débarquer sur la côte du Léon, et elle ne mentionne aucunement le séjour du saint aux environs de Saint-Brieuc.

Saint Ké ou Quay, évêque et confesseur, (7, alias 5 novembre), Ve siècle, est invoqué pour les bestiaux. Il est le patron primitif de Languenan, le patron de Plouguerneau, Saint-Ouen, Cleden, Perros et Saint-Quay-Portrieux. Il a de nombreuses chapelles.

LXVIII

Saint Melaine

On raconte à Avessac que saint Melaine aimait dès sa jeunesse à se rendre à l'école à Rennes, au grand désespoir de sa mère qui eût de beaucoup préféré en faire un laboureur qu'un grand savant. Souvent elle lui faisait des reproches de son peu d'attrait pour les travaux des champs et de sa négligence pour la culture de leur petit domaine. Or, un jour que notre saint avait encore quitté ses bestiaux pour aller à l'école à Rennes, malgré les défenses de sa mère, et la grande distance qui séparait cette ville de sa petite chaumière de Brain, il entendit tout à coup, au milieu de la classe, sa mère qui l'appelait: Melaine! Melaine! Il en prévint aussitôt son maître qui d'abord le prit pour fou et ne voulut pas le croire, disant qu'à une pareille distance il était impossible qu'il entendit la voix de ses parents. Mais le saint insista, et ayant fait mettre au professeur sa main droite dans la sienne, son pied gauche sur le sien, celui-ci entendit aussi la voix, et, convaincu alors de la vérité, laissa à l'enfant toute liberté de s'en aller.

Melaine, à son retour, trouva sa mère fort en colère, et celle-ci, non contente de l'injurier durement, sortit pour ramasser des genêts et en fouetta longtemps notre saint.

À partir de ce jour, saint Melaine quitta son pays, et sur sa demande, par la permission de Dieu, il n'y eut plus de genêts dans la paroisse. Ainsi prit naissance le dicton encore en vogue dans la contrée:

D'empeï que sa mère le reprint,
Genêt en Brain,
Melaine à Brain,
Jamais ne vint.