Vous ne saurez pas qu'avec magnificence
Le roi vient d'honorer Tempé de sa présence:
Qu'il entra dans Larisse, hier sur le haut du jour;
Qu'à l'aise je l'y vis avec toute sa cour;
Que ces bois vont jouir aujourd'hui de sa vue...
Je garde ma nouvelle, et ne veux dire rien[4].

De même, dans la comédie de Shakespeare, Grumio, plusieurs fois interrompu par un camarade auquel il veut conter le voyage de son maître et de sa maîtresse, finit par s'impatienter et lui dit: «Alors, raconte toi-même l'histoire. Si tu ne m'avais pas interrompu, tu aurais appris comment le cheval est tombé, et elle sous le cheval, dans une mare de boue; comment il l'a laissée avec le cheval sur elle; comment il m'a battu parce que le cheval était tombé; comment elle s'est glissée hors de son bain de boue pour courir à nous et l'empêcher de m'assommer; comment il jurait; comment elle suppliait, elle qui jusque-là n'avait jamais supplié personne; comment je criais, comment les chevaux se sont échappés; comment la bride s'est rompue et comment j'ai perdu ma croupière: avec mille autres circonstances mémorables, qui maintenant périront dans l'oubli, et toi tu descendras au tombeau avec toute ton ignorance.»

Ainsi précédé et annoncé par Grumio, Petruchio, accompagné de sa nouvelle femme, entre, toujours semblable à un ouragan, dans sa propriété de campagne:

«Où sont donc ces drôles? Quoi! personne à la porte!... où est Nathaniel, Grégoire, Philippe?

TOUS LES VALETS.—Voilà, voilà, monsieur, voilà!

PETRUCHIO.—Voilà, monsieur, voilà, monsieur! Têtes de bûches! lourdauds que vous êtes! quoi! plus de service! plus de prévenance! plus de respect! où est le stupide coquin que j'avais envoyé en avant?

GRUMIO.—Me voici, monsieur.

PETRUCHIO.—Manant! espèce d'idiot! est-ce que je ne t'avais pas ordonné d'aller à ma rencontre dans le parc et d'amener avec toi tous ces chenapans-là?... allez, butors, allez me chercher à souper.»

Catherine, abasourdie, demeure bouche close, et Petruchio continue à brutaliser ses valets. Il en frappe un qui lui fait mal en lui tirant ses bottes. Il en frappe un autre qui présentait à Catherine de l'eau pour se laver les mains avant souper, et qui, bousculé à dessein par son maître, a laissé choir l'aiguière.

«Patience, je vous prie, dit alors la jeune femme, c'est une faute involontaire.» Quelle nouveauté qu'une parole semblable dans la bouche de celle qui la prononçait! quel succès, quel triomphe de la méthode suivie par Petruchio, et comme son cœur dut tressaillir de joie! Catherine prêchant la patience! Catherine intercédant pour un serviteur! Nous serions tentés, à son exemple, d'intercéder pour elle et d'implorer sa grâce... Mais Petruchio ne fait pas les choses à demi, et très encouragé par ce premier beau fruit de l'épreuve commencée, il n'a garde de s'arrêter en si bonne voie.