Shakespeare abuse. Petruchio tend la corde jusqu'à la rompre, ou, puisque c'est à un dompteur que nous l'avons comparé, on peut dire que le succès le rend téméraire et qu'en le voyant irriter inutilement la bête fauve que son pied presse et foule, nous sommes à la gêne et lui crions: Assez! Une scène, trop semblable pour le fond à celles qui précèdent, mais où le poète montre au moins sa verve de virtuose à multiplier les variations sur un même thème, fait passer sous nos yeux successivement un marchand de modes el un tailleur auxquels Petruchio a commandé divers objets de toilette pour Catherine.

«Fi! dit Petruchio au marchand de modes, ce chapeau ressemble à une soupière. C'est ridicule! c'est indécent! enlevez ça.

CATHERINE.—Je n'en veux pas d'autre; il est à la mode. Toutes les dames comme il faut les portent ainsi... Je ne suis pas une enfant et on ne me mène pas comme un singe.

PETRUCHIO.—Tu dis vrai, ma Catherine; ce chapeau te ferait une tête de singe. On dirait une omelette soufflée, un flan monumental en soie jaune... La robe, à présent. Allons, tailleur, montre-nous la robe. O mon Dieu! miséricorde! qu'est-ce que cette mascarade? Ça, une manche! ... Au nom du diable, tailleur, comment appelles-tu ça?

LE TAILLEUR.—Vous m'avez commandé de la faire à la mode du jour.

PETRUCHIO.—Oui, morbleu! mais je ne vous ai pas dit de la gâter à la mode du jour. Allons! enjambez-moi tous les ruisseaux jusque chez vous, et vivement; car vous n'aurez point ma pratique.

CATHERINE.—Je n'ai jamais vu de robe mieux faite, plus gracieuse, plus élégante, plus noble. Il paraît que vous voudriez faire de moi une poupée?

PETRUCHIO.—Bien tapé! ma foi! cet homme voudrait faire de toi une poupée.

LE TAILLEUR.—Pardon, monsieur, madame dit que c'est votre seigneurie qui voudrait faire d'elle une poupée.