[7] Reisebilder.
[8] Dans son livre sur Henri Heine, M. Ducros note naturellement cette singularité, mais sans prendre garde que c'est précisément en cela que l'humour de Heine consiste et en jugeant, avec la juste sévérité du Français classique et de l'honnête homme, ce qui lui Tait l'effet d'une simple inconvenance: «Heine nie et raille lui-même l'idéal, la naïveté et la sincérité de l'inspiration, au moment même où il semblait le plus naïvement et le plus sincèrement inspiré... L'auteur des Reisebilder n'a garde de se laisser aller bonnement et naïvement à sa propre émotion: il veut pouvoir, à la fin d'un développement ému ou d'une description enthousiaste, nous mystifier par une plaisanterie inattendue, qui est souvent brutale et vulgaire.»
[9] Alfred de Musset, Mardoche.
[CHAPITRE VII]
PHILOSOPHIE DE L'HUMOUR AVEC UN APERÇU SUR L'HISTOIRE DE CE GENRE D'ESPRIT
L'humour considéré comme le contraire de la gravité.—Idée du néant universel.—Différence entre l'humoriste et l'auteur comique ordinaire.—Explication de l'amour de l'humoriste pour ses personnages grotesques.—Rapprochement insolent de tous les contrastes.—Loi de contradiction de l'humour en tant que forme de l'art.—L'humour chez les Babyloniens; chez les Perses; dans la décadence romaine; au moyen Age.—La fête des fous.—La danse des morts.—L'Ecclésiaste.—L'humour des Espagnols.—L'humour des Anglais.—Rabelais.—Villon.—Pascal.—Voltaire.—Humoristes divers du XIXe siècle.
J'emprunterai un instant à Guillaume Schlegel sa fameuse méthode des contraires[1] pour donner une dernière définition de l'humour, plus précise, plus profonde, plus intéressante que toutes celles qui ont passé devant nos yeux, mais peut-être aussi moins applicable à la grande généralité des cas où les hommes ont coutume d'employer ce terme. J'opposerai à l'humour l'état d'esprit qui lui est le plus contraire: cet état, c'est la gravité.
Écartons avant tout les idées de tristesse et de morgue qu'on associe d'habitude au mot gravité, mais qui sont étrangères à la notion de la chose. Qu'est-ce qu'un homme grave? c'est simplement un homme qui se prend lui-même au sérieux et qui prend les choses au sérieux; c'est, selon l'étymologie, un homme qui pèse. J'entends le verbe peser dans les deux sens, au sens neutre et au sens actif: l'homme grave, gravis, a du poids,—du lest, comme on dit par métaphore; dans l'ordre général du monde il pèse pour sa part—on croit peser; et, en outre, il a une balance dans laquelle il pèse toutes choses. Cette double idée de poids, figurée sous les deux symboles du lest et de la balance, telle est la signification complète du mot gravité.