[12]: Le Garnier-Pagès qui fut membre du gouvernement provisoire en 1848 était le frère cadet de celui qui mourut en 1841. Il dut toute sa notoriété au souvenir de son frère aîné, mais était loin d'avoir sa valeur. Dans la séance du 24 février 1848, quand on proclama à la tribune les noms des membres du gouvernement provisoire, le nom de Garnier-Pagès souleva des protestations, et une voix s'écria dans la foule: «Il est mort, le bon!»
[13]: C'est M. Ledru-Rollin qui dira à M. Léon de Malleville, au moment de l'émeute de juin 1849: «Je suis leur chef, il faut bien que je les suive.» M. Doudan ne pensait-il pas à lui quand il écrivait: «Un chef de parti dans le radicalisme est un homme qui fait ce qui plaît aux autres, et qui le fait avec le geste du commandement.»
[14]: On lit dans le Journal intime du baron de Viel-Castel, à la date du 5 décembre 1841: «Jamais l'impopularité proverbiale de M. Guizot n'a été plus grande qu'aujourd'hui.» (Documents inédits.)
[15]: Henri Heine écrivait, le 11 décembre 1841: «Personne ne veut se voir rappeler les dangers du lendemain, dont l'idée lui gâterait la douce jouissance du présent. C'est pourquoi tout le monde est mécontent de l'homme dont la parole sévère réveille, parfois peut-être à contretemps, lorsque nous sommes assis justement au plus joyeux banquet, la pensée des périls imminents suspendus sur nos têtes. Ils en veulent tous au maître d'école Guizot. Même la plupart des soi-disant conservateurs sentent de l'éloignement pour lui, et, frappés de cécité comme ils sont, ils s'imaginent pouvoir remplacer Guizot par un homme dont le visage serein et le langage avenant sont bien moins de nature à les tourmenter et à les terrifier. Ô fous conservateurs, qui n'êtes capables de rien conserver, hors votre propre folie, vous devriez conserver Guizot comme la prunelle de vos yeux...» (Lutèce, p. 209.)
[16]: Documents inédits.—Quelques semaines auparavant, le même observateur s'exprimait ainsi, dans une lettre adressée à un de ses parents: «Je ne sais comment sera la prochaine session. À en juger par ce que je vois de l'opinion, il y a peu ou point de bienveillance pour le ministère, mais on n'a de confiance ni de propension pour aucun autre.»
[17]: L'examen des archives n'avait fait relever, de 1831 à 1842, que dix-sept réclamations du commerce français contre l'usage fait du droit de visite: cinq ou six avaient obtenu satisfaction; les autres avaient été écartées comme sans fondement ou délaissées par les réclamants eux-mêmes.
[18]: Le prince de Metternich disait avec raison, à propos du droit de visite: «Le vice de ce mode d'action, c'est qu'il n'est praticable qu'entre, je ne dis pas seulement des gouvernements, mais des pays vivant dans la plus grande intimité, étrangers à toute susceptibilité, à toute méfiance réciproque, et animés du même sentiment, au point de passer l'éponge sur des abus.» (Cité par M. Guizot dans son étude sur Robert Peel.)
[19]: Notes inédites de M. Duvergier de Hauranne.
[20]: M. Léon Faucher, qui était cependant ami de l'Angleterre, écrivait à M. Reeve, le 14 août 1841: «Je suis effrayé des progrès que fait chez nous la haine de l'Angleterre.» Et, le 24 août, il écrivait encore à un autre Anglais, en parlant de lord Palmerston: «Croyez-moi, cet écervelé a fait plus de mal à l'Europe que des années de guerre. Il a rendu le nom anglais suspect et odieux à la France. Il a éveillé ici des passions que nous avions combattues pendant quinze ans.» (Biographie et Correspondance, t. I, p. 110 et 113.)
[21]: M. Guizot devait le reconnaître un an plus tard, et il dira, à la tribune, le 23 janvier 1843: «C'est le traité du 15 juillet 1840 qui a donné tout à coup aux traités de 1831 et de 1833 le caractère qu'ils ont maintenant. C'est le traité du 15 juillet qui a créé le sentiment public qui existe aujourd'hui et dont on ne s'était pas douté pendant dix ans.»