[32]: Le 11 avril 1842, à la Chambre des pairs, M. Guizot insistait sur ce qu'il avait déclaré à l'Angleterre «ne prendre aucun engagement, ni direct ni indirect, de ratifier purement et simplement le traité à aucune époque quelconque». Le 17 mai, dans la même assemblée, après avoir rappelé que «la ratification actuelle avait été positivement refusée», il ajoutait: «Maintenant on a dit, non pas dans cette enceinte, mais ailleurs: C'est la présence des Chambres qui a empêché; qui empêche encore la ratification du traité; quand les Chambres seront éloignées, le traité sera ratifié. Messieurs, je serais tenté de prendre ces paroles pour une injure à mon bon sens... Ce n'est point votre présence matérielle, c'est votre opinion, c'est votre sentiment, c'est votre vœu connu qui influe sur le gouvernement et qui influera tout aussi bien après votre départ qu'aujourd'hui.» Le 20 mai, à la Chambre des députés, le ministre reconnaissait qu'il s'agissait non seulement de modifier la convention de 1841, mais de revenir sur le principe du droit de visite: «Ne croyez pas, disait-il, quand le débat s'est élevé, quand j'ai vu devant moi l'opinion des Chambres et du pays, que j'aie méconnu sa gravité: j'ai bien vu qu'il y avait là autre chose encore que le traité de 1841; que les conventions de 1831 et de 1833 allaient aussi être mises en question.» Toutefois, il veillait à ne pas se laisser entraîner trop loin; il disait dans le même discours: «On m'a demandé: Avez-vous l'intention de ratifier le traité tel qu'il est? J'ai répondu catégoriquement: Non, et je renouvelle ma réponse. Maintenant on me dit: Ratifierez-vous jamais un traité quelconque, quelle que soit la situation, quelles que soient les modifications qu'on pourrait y apporter? Comment voulez-vous que je réponde? C'est absolument impossible... Il y a là une multitude d'éléments que le temps peut féconder, dont le temps peut faire sortir quelque chose de raisonnable, quelque chose d'utile et d'honorable pour le pays, et en même temps quelque chose de favorable à l'abolition, à la répression de la traite. Voilà ce que nous voulons, ce que nous pouvons attendre, ce qu'il est de notre devoir d'attendre.»
[33]: Discours du 11 avril 1842, à la Chambre des pairs.
[34]: Peu après, dans une lettre à M. de Flahault, alors notre ambassadeur à Vienne, M. Guizot expliquait ainsi sa conduite: «Nous nous sommes montrés, pendant dix ans, bien patients et faciles; mais, en 1840, la passion de l'Empereur a évidemment pénétré dans sa politique. L'ardeur avec laquelle il s'est appliqué à brouiller la France avec l'Angleterre nous a fait voir ses sentiments et ses procédés personnels sous un jour plus sérieux. Nous avons dû dès lors en tenir grand compte. À ne pas ressentir ce qui pouvait avoir de tels résultats, il y eût eu peu de dignité et quelque duperie. Une occasion s'est présentée: je l'ai saisie. Nous n'avons point agi par humeur, ni pour commencer un ridicule échange de petites taquineries. Nous avons voulu prendre une position qui depuis longtemps eût été fort naturelle et que les événements récents rendaient parfaitement convenable.»
[35]: M. Guizot a raconté cet incident diplomatique en détail dans la Revue des Deux Mondes du 1er janvier 1861.
[36]: Mémoires de M. de Metternich, t. VI, p. 558, 577 et 578, 582 à 586.
[37]: Ibid.
[38]: Voy. ce que j'ai dit plus haut, t. IV, ch. IV, § X.—Ces sentiments devaient persister, et, en 1853, M. de Moustier, ministre de France à Berlin, écrivait: «Je ne puis m'ôter de l'esprit que le roi Frédéric-Guillaume ne soit un des souverains de l'Europe qui aiment le moins la France.» (Cité dans les Souvenirs diplomatiques de M. Rothan.)
[39]: Lettre adressée à M. de Bunsen, au début de la guerre de Crimée.
[40]: Cf. les études de M. Saint-René Taillandier sur le baron de Stockmar et sur M. de Bunsen.
[41]: Notice sur lord Aberdeen, par le comte de Jarnac.