[132]: Ce sentiment se manifestait déjà en juillet 1841. M. Thiers écrivait alors à M. Buloz: «Je vous dirai qu'avec un goût tous les jours plus vif pour la grande politique, j'en ai toujours un moindre pour la petite, et j'appelle petite politique celle qu'on fait chaque jour pour la circonstance. Ce pain quotidien dont on vit à Paris m'inspire un dégoût presque insurmontable. Je suis fort partisan de nos institutions, car je n'en sais pas d'autres possibles, mais elles organisent le gouvernement en un vrai bavardage. L'opposition ne parle que pour embarrasser le gouvernement cette semaine, et le gouvernement n'agit que pour parer à ce que l'on dira la semaine prochaine... C'est pour moi un vrai sacrifice que de rentrer dans ce présent si étroit et si agité... Je suis heureux où je suis, en faisant ce que je fais.» M. Thiers venait de Hollande et allait en Allemagne pour étudier les champs de bataille de Napoléon. (Notice sur M. Buloz, par M. de Mazade, Revue des Deux Mondes du 1er juin 1877.)

[133]: M. Léon Faucher écrivait à un de ses amis, le 15 novembre 1842: «Notre politique est toujours à l'état de langueur; Thiers se préoccupe de son Histoire de l'Empire...» Il ajoutait, dans une autre lettre du 22 mars 1843: «Thiers reste à Paris tout l'été, dans l'espoir d'achever son histoire cette année: il est à peu près perdu pour la politique jusque-là...» (Léon Faucher, Biographie et Correspondance, t. I, p. 135 et 140.) Les trois premiers volumes de l'ouvrage de M. Thiers devaient être publiés au commencement de 1845.

[134]: Cf. liv. II, ch. X, § II.

[135]: Lamartine écrivait à un ami, le 1er octobre 1835: «Il se fait, depuis mon voyage et mon incursion dans l'histoire, un grand travail de renouvellement en moi... Je deviens de jour en jour plus intimement et plus consciencieusement révolutionnaire.»

[136]: «Il est mobile et sincère, disait madame de Girardin. La seconde page de ses lettres dément la première et n'en est pas moins pour cela l'expression d'un sentiment vrai, je veux dire qu'il l'éprouve véritablement au moment où il l'exprime. Seulement on peut dire de lui (M. de Humboldt faisait le même reproche à l'abbé de Lamennais) qu'il change trop souvent d'idée fixe.»—M. Sainte-Beuve a écrit dans ses Notes et pensées: «Lamartine est, sur tous les points, convaincu chaque jour de contradiction et d'incohérence. Il parle à Marseille pour le libre-échange, et on lui rappelle qu'il a précédemment prêché la doctrine contraire. Un jour, causant chez madame Récamier de l'impôt sur le sel, il dit toutes sortes de raisons en faveur de cet impôt: «Je suis charmé, dit M. de Chateaubriand, de vous entendre soutenir ces choses, car on m'avait dit que vous parleriez contre.—Ah! c'est vrai, répliqua Lamartine, ils sont venus me trouver, et j'ai promis d'appuyer l'abolition de l'impôt; mais je suis convaincu qu'au fond il est moins onéreux qu'utile.»—Ainsi de tout.»

[137]: M. de Lamartine disait à M. Sainte-Beuve: «Avez-vous jamais lu de l'économie politique?» et sans attendre sa réponse: «Avez-vous jamais mis le nez dans ce grimoire? Rien n'est plus facile, rien n'est plus amusant.» (Portraits contemporains, nouvelle édition, t. I, p. 381.)

[138]: C'est M. de Lamartine lui-même qui s'exprime en ces termes, dans sa critique de l'Histoire des Girondins. Il disait, un jour, à M. Duvergier de Hauranne: «Et vous aussi, vous croyez que la poésie est ma vocation. Sachez que, pour moi, la poésie est une simple distraction à laquelle je n'attache aucune importance. Le matin, avant déjeuner, je fais des vers que j'écris au crayon sur quelques morceaux de papier. Puis, sans y songer davantage, je jette tous ces morceaux de papier dans un sac où madame de Lamartine va les chercher pour les classer à son gré. Ma véritable vocation, c'est la politique, ce sont les affaires, ce sont les chiffres.» M. de Lamartine, à qui les années ne coûtaient rien, ajoutait qu'il avait pâli dix ans sur la question du libre-échange, dix ans sur la question des prisons, dix ans sur la question du budget, etc., etc. (Notes inédites de M. Duvergier de Hauranne.)

[139]: Expression de M. Émile Ollivier, dans l'éloquent discours qu'il avait préparé pour sa réception à l'Académie française. (Lamartine, précédé d'une préface sur les incidents qui ont empêché son éloge en séance publique de l'Académie française, par Émile Ollivier.)

[140]: M. de Lamartine écrivait à un ami, le 14 janvier 1836: «Avant-hier, j'ai improvisé une demi-heure admirablement, éloquemment et politiquement selon moi. Il n'y a que moi qui m'en sois aperçu.» Et le 13 janvier 1838: «J'ai beau travailler, comprendre, me former à une parole qui intérieurement me semble au niveau et fort au-dessus même de beaucoup d'autres, je ne suis pas encore entendu ni compris par la masse et je n'exerce pas l'ascendant naturel et proportionné à mon effort.»—Madame de Girardin écrivait peu après: «N'a-t-on pas abreuvé de ridicule et d'ironie l'orateur, sublime amant d'Elvire? Ne lui a-t-on pas crié comme une injure son beau titre de poète, chaque fois qu'il montait à la tribune? N'a-t-on pas traité ses plus nobles sentiments de fictions et de chimères? On lui a dit qu'il plantait des betteraves dans les nuages, que sa conversion des rentes ne valait pas sa conversion de Jocelyn, et mille autres niaiseries semblables...» (Lettres parisiennes du vicomte de Launay, t. II, p. 160.).

[141]: Cf. plus haut, ch. I, § IX, et ch. II, § IV.